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downton 2

 

Cette saison 2 fut une réussite à mes yeux et ne fit que me faire apprécier davantage cette fresque. Je l'ai trouvée plus intéressante en terme de contenu par rapport à la saison 1, qui devait jeter les bases. Il y avait donc plus d'intrigues touchant plus de personnages. Dans la saison 1 seule une petite partie des protagonistes avait réellement droit à des péripéties pertinentes : par exemple, Mary était bien plus mise en avant que ses deux cadettes qu'on ne retenait en fin de compte, que comme les soeurs de Mary ; ou les mésaventures de Bates à se faire une place dans la domesticité des Grantham. Certes, il y avait une pluralité de personnages, mais on en voyait beaucoup parce qu'ils étaient domestiques et donc, leur présence était principalement due à leurs tâches quotidiennes ou bien parce qu'ils étaient de l'aristocratie et donc on les voyait aux dîners et dans le salon. Ainsi, ils faisaient partie du décor et intervenaient finalement par petits bouts dans les histoires de certains autres.

 

Dans la saison 2, non seulement il y avait plus de matière offerte au spectateur, mais elle était plus approfondie et impliquait pleinement la majorité des personnages. Ainsi, Edith et Sybil s'émancipaient et existaient aux côtés de Mary, Bates et Anna (surtout Anna) prenaient plus d'ampleur. Pour ces deux derniers, la vie est loin d'être un long fleuve tranquille. On veut les voir ensemble, mais il y a toujours une ombre qui vient gâcher le tableau. Et quand on les voit enfin heureux, on se dit que le destin est enfin juste et paf, on se prend un uppercut. L'ex-femme de Bates continue de lui causer des ennuis de l'au-delà. J'espère que Bates n'aura effectivement rien à voir avec la mort de Vera... D'autres personnages s'ajoutaient à ce nouveau tableau au fond de première guerre mondiale et ces personnages n'étaient pas forcément relégués au second rang. Je pense notamment à Esther qui, au départ, passait pour la prétentieuse et peste de service au sein des domestiques, avant d'entamer une route bien différente. On éprouvait sans réserve un brin d'antipathie au début, mais on finissait par avoir de la compassion pour ce personnage. Pleine de rêves, Esther finissait par un retour brutal à la réalité, à cause d'une incartade... Heureusement pour elle, Mrs. Hughes faisait preuve de générosité. On éprouvait un avis partagé pour O'Brien, personnage complexe. Dans la première saison, elle était logée à la même enseigne que le malin Thomas et les deux formaient le duo parfait des comploteurs, manipulateurs sans état d'âme. Puis la dame s'est assagie, surtout à cause de l'accident qu'elle avait provoqué et qui avait débouché sur la fausse couche de Lady Grantham. O'Brien est à double tranchant : capable de coups bas sans complexe et d'une loyauté sans faille à présent envers Lady Grantham. On ne peut pas vraiment se fixer sur elle avec certitude. Il y a toujours une zone d'ombre, ce qui n'est pas le cas pour son comparse Thomas. Loin d'avoir changé pendant le combat, le bonhomme est revenu du front aussi égoïste et sans principe qu'avant. J'avais espéré que l'horreur des tranchées l'aurait transformé en homme meilleur, mais non. On ne se refait pas... Thomas n'a pas vraiment connu une évolution positive et palpitante. Ce dernier point laissait un peu plus de place aux personnages qui, contrairement à lui, n'avaient pas pu être exploités dans la saison 1. Mais l'homme connaissait une intrigue que je qualifierai d'ironique et comique à la fin de la saison 2, à savoir s'être fait berner sur les produits du marché noir. D'habitude malin comme un singe, il s'était fait avoir en toute beauté, alors qu'il aurait pu faire preuve de prudence, vu toutes les machinations qu'il a déjà élaborées par le passé... Personnellement, j'ai souri devant sa mésaventure : ce n'est que le juste retour des choses, je pense. On n'échafaude jamais de plans machiavéliques sans en payer le prix un jour...

 

downton 1

 

Du côté des Crawley, les intrigues consacrées à Edith, Sybil, et Robert devenaient bien plus pertinentes que celles réservées à Mary. La relation de cette dernière avec Matthew commençait à tourner en rond. Certes, leur histoire est un point clé de la série. Cependant, jusqu'ici, il s'agit principalement d'un schéma du type : "nous nous aimons", "mais nous nous sommes séparés à cause de la stupidité de l'un d'entre nous", "chacun de nous a refait sa vie, mais nous éprouvons toujours des sentiments pour l'autre", "nous disons que nous aimons notre nouveeau fiancé/nouvelle fiancée, mais ce n'est que pour nous persuader d'un amour qui n'est absolument pas sincère", "la voie se libère par un drame, et nous sommes maudits", etc. Les évènements qui surviennent font de cette histoire une transposition des Feux de l'Amour dans l'Angleterre des années 1910... Mary et Matthew n'en sont pas plus avancés qu'ils ne l'étaient avant la guerre. Toutefois, il faut noter l'ascension en maturité de Mary, bien moins "fille pourrie gâtée de la haute société" que dans la saison 1. Dans la deuxième, elle prend des risques en révélant son secret à Richard, et montre de la générosité en offrant un cadeau à Anna et Bates pour célébrer leur union, et s'occupe de Matthew quand il rentre meurtri du front. De l'autre côté, Sybil se rebellait. Elle bousculait les moeurs et découvrait la notion de travail. Elle acceptait la demande du chauffeur, et amorçait ainsi la mixité sociale. Les deux tourtereaux sont mignons ensemble, mais je crains pour l'avenir de Bronson. Remonté contre l'Angleterre et rêvant d'une nouvelle donne politique, j'ai peur qu'il ne finisse par verser dans la radicalité et s'engager dans un groupe armé extrémiste, notamment avec la situation conflictuelle entre l'Angleterre et l'Irlande à cette époque...

 

Il y a des personnages qui sont d'une humanité incroyable. Je pense notamment à Robert qui manifeste une sincère préoccupation quant aux problèmes (et joies) de ses domestiques. Il ne profite pas de son statut de comte pour faire preuve de tyrannie envers autrui, et c'est ce caractère qui le rend adorable. Certes, son histoire avec la femme de chambre était surprenante bien qu'on sentait que quelque chose se profilait entre les deux. Mais au lieu de tout nier en bloc, il reconnaît sa mauvaise conduite. Il est noble, dans le sens des valeurs, et il offre également des touches d'humour, lorsqu'il se retrouve tout seul à table pour le déjeuner car toutes les femmes de la famille sont prises par des obligations, par exemple... L'autre personnage dans la même trempe est Violet. J'adore cette femme, souvent "old school" destabilisée par les nouvelles modes, technologies ; quelques fois drôle (malgré elle ?) quand elle complote pour écarter la mère de Matthew du domaine ou quand elle pimente de ses commentaires singuliers les discussions ; et généreuse lorsqu'elle se bat pour une cause (par exemple, le mariage de William dont la perte fut un choc car je l'appréciais). Il faut dire que la performance de Maggie Smith y est pour quelque chose, ses mimiques et attitudes sont juste géniales à voir.

 

Il y aurait encore tant de choses à écrire sur cette seconde saison qui a été à la hauteur en termes de qualité. Elle a su mêler des péripéties plus ou moins complexes, émouvantes, drôles, avec la réalité historique dramatique (elle a su montrer le dévouement de tous à l'effort de guerre). Je n'aurai pas beaucoup de reproches à faire, si ce n'est que la série, de temps à autres, présente une intrigue et la conclue sèchement sans lui donner une fin satisfaisante. Ainsi ne sait-on pas ce qu'est devenu Lang, le valet souffrant de stress post traumatique. Il est dommage de ne pas avoir approfondi le sujet : on le voyait en proie à des cauchemars, mais une fois parti, on n'avait plus de nouvelles de lui. Le traitement de ce syndrôme à cette époque aurait été intéressant à étudier et montrer au spectateur. A part cet aspect, Downton Abbey ne fait que devenir enrichissante, et j'ai hâte de découvrir ce que la suite nous réserve.

 

Et vous, qu'en avez-vous pensé ?

 

Sériecalement vôtre,

VK