23 mars 14

BROADCHURCH, SAISON 1

 

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Comme beaucoup d’entre vous certainement, je me suis laissée tenter par l’expérience Broadchurch, à la vue des bandes annonces de France 2 et d’échos positifs lus par ci, par là. Impossible de regarder cette série sans être subjugué par la mise en scène, le jeu de lumière, l’alternance entre scènes au ralenti et scènes au rythme normal, la beauté des paysages et la musique. Sur ces points là, Broadchurch est un petit bijou. Les caméras nous promènent dans un petit coin de paradis avec l’aide d’une lumière presqu’aveuglante pour mieux entrer en collision avec la noirceur de l’histoire. Enfin, les acteurs sont parfaits dans leur jeu.

 

En y réfléchissant bien, Broadchurch présente une intrigue policière plutôt classique, je pousserai même jusqu’à l’extrême en disant qu’il n’y a rien de formidable. Les étapes de son traitement sont classiques, elles aussi. On part en effet d’un crime choquant qui ébranle toute une petite communauté jusqu’alors soudée et paisible. Ensuite viennent les doutes sur plusieurs protagonistes : chacun cache un secret plus ou moins lourd derrière une vie rangée. Arrive la révélation de l’identité du coupable qu’on pouvait soupçonner (une de mes hypothèses vers le deuxième tiers de la série) car c’était le seul à ne pas avoir été inquiété par les scénaristes. D’ailleurs, le mobile du meurtre n’a rien de nouveau. La victime connaissait bien son bourreau, celui-ci faisant partie de son cercle proche : ceci reste commun. Ces différents éléments s’installant avec lenteur. C’est un leitmotiv qu’on rencontre dans pas mal de séries : un endroit paradisiaque qui vole soudainement en éclats à cause d’un crime violent et incompréhensible, puis se transforme en boîte de pandore des bassesses, hypocrisies de l’âme humaine.
La pédophilie est également un thème récurrent. Peut-être trop d’ailleurs dans le sens où on aurait pu utiliser d’autres thèmes sombres, néanmoins, pourquoi pas, car la série a présenté différentes manifestations de cette perversité. Toujours est-il que ce thème se retrouve dans d’autres fictions (Top of The Lake par exemple).

 

Là où Broadchurch est intéressante, c’est dans sa mise en scène qui lui confère une beauté et un charmé indéniable. L’autre intérêt réside dans sa façon de s’attarder sur les conséquences de la perte de Danny sur sa famille et sur la communauté. Bien qu’il y ait eu le meurtre, la découverte du corps, la perte met du temps à s’imprégner dans l’esprit de la famille. Elle prend « pleinement conscience » de la réalité une fois qu’elle sait qui a tué Danny et que l’enterrement a eu lieu. Jusqu’alors, le fait de ne pas connaître le coupable et de ne pas avoir mis en terre Danny semblait rendre ce décès brutal irréel. Il le devient une fois les circonstances éclaircies. C’était intéressant de voir cette famille flotter pendant tout le long de la série avant de se lâcher.
En outre, j’ai apprécié cette idée d’introduire une nouvelle grossesse et de voir la réaction des parents face à cet heureux évènement qui coïncide avec un drame : le sentiment de culpabilité, l’impression de remplacer un enfant perdu par un autre, la peur de ne plus être à la hauteur.

 

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L’affaire n’épargne pas non plus les habitants de la station balnéaire : le choc et l’incompréhension d’un tel acte précèdent une suite de suspicions, de rumeurs qui mettent le feu aux poudres. Le dégoût et la haine  s’emparent de la collectivité qui condamne sans procès celui qui est l’objet de ces rumeurs. Même si elles sont véridiques pour une partie de l’histoire, Broadchurch montre bien qu’il suffit de peu pour qu’on en vienne à juger et vouloir punir quelqu’un sans chercher à avoir sa version des faits, approfondir l’histoire pour en saisir tous les tenants et aboutissants. Les chasses aux sorcières arrivent très vite.
Oui, le vendeur de journaux a eu une liaison avec une mineure, ceci est tout à fait répressible, mais on découvre plus tard que cette liaison a abouti sur une autre histoire qui s’est terminée en drame familial. Au dégoût initial pour ce genre de personnage, on finit par le regarder autrement quand on apprend qu’il a par la suite perdu toute sa famille.
En réalité, on est tous ambivalent : une part d’ombre (plus ou moins discutable) côtoie une part de lumière. Ceci s’applique aussi bien aux personnages que l’on range dans la catégorie des personnages douteux : le vendeur de journaux, Susan, qu’aux personnages considérés comme étant les gentils : Alec Hardy, Mark Latimer, pour citer des exemples. Quelle que soit son évolution, l’homme est un mélange d’arômes. 

 

Cette ambiguité n’est pas automatiquement visible, et la série l’a subtilement démontrée. On ne connaît jamais vraiment quelqu’un, qu’il soit un ami, un parent, un voisin. La pédophilie est fortement présente : le vendeur de journaux, le mari de Susan, le mari d’Ellie Miller. Personne ne connait leur histoire. C’est le meurtre de Danny qui déclenche tout : sans cet évènement, la vie aurait continué sans que personne ne devine ces secrets sombres. J’ai trouvé très intelligent de mettre en parallèle la situation de Miller avec celle de Susan. Au début, Miller critique Susan : pour Miller, Susan aurait du se rendre compte de la nature de son mari. Puis coup de théâtre, Miller vit cette situation avec son propre époux. Or, elle-même n’a rien vu. Et elle-même est critiquée par la mère de Danny qui lui demande comment elle a fait pour ne rien voir.
Cette question est compréhensible et tout à fait naturelle : comment peut-on ne rien soupçonner d’une personne avec laquelle on vit depuis des années, qu’on connaît intimement ? Sauf que la réponse à cette question est loin d’être évidente. On peut le sentir et on peut très bien aussi ne rien sentir, non pas parce qu’on ne veut pas voir, qu’on n’est pas intelligent, mais simplement parce qu’il est impossible de l’envisager, et on se retrouve totalement démuni quand la vérité éclate. On le voit ici avec Susan, Ellie, et également la mère de Danny. Elle aussi pose la question à Ellie, cependant, elle aussi n’a pas vu que son mari avait une liaison. Par ces face-à-face et renversements de situation, Broadchurch nous fait réfléchir sur ce thème du « quand un proche a un secret, on doit le savoir ».

 

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Passons maintenant à la relation Alec Hardy / Ellie Miller que j’ai trouvée excellente, de même pour leur personnalité. Les deux n’étaient pas faits pour travailler ensemble mais y arrivent finalement. Hardy est le flic de la grande ville, rompu aux enquêtes d’envergure. Il débarque dans un trou paumé, méprise ces habitants de ce genre de patelin où tout le monde se connaît, s’épie, où tout le monde paraît tout beau, tout gentil, mais où en réalité n’hésiterait pas à renier son prochain au moindre petit écart de conduite. Hardy n’est pas dupe, il est conscient que n’importe qui peut être le coupable. Il est habitué aux enjeux des enquêtes criminelles et peste contre la police de Broadchurch loin d’être familière de ce genre d’affaires. Il peste  contre Miller qui est tout son contraire. Cette dernière veut voir la bonté en chacun des habitants, plus généralement, a confiance en l’être humain. Elle vit dans une sorte d’innocence. Elle ne manque pas cependant de caractère : ses répliques piquantes à destination de Hardy apportent une grande touche de légèreté.
Au cours de l’enquête, chacun des deux évolue : Miller perd ses illusions de bonté de l’âme humaine tandis que Hardy se rachète de son précédent échec sur le meurtre de Sandbrook (et on en revient au fait que chaque protagoniste cache quelque chose : pour Hardy, c’est cette blessure de ne pas avoir pu arrêter un assassin), devient plus conciliant envers Miller et la soutient dans l’épreuve qu’elle traverse. A noter également ces scènes très fortes dans lesquelles Miller apprend la vérité et déverse sa colère sur son mari : Olivia Colman était incroyable.

 

Quant à la saison 2 qui, aux dernières nouvelles, se précise : personnellement, je ne suis pas très emballée. Je peux tout aussi bien me tromper. Cependant, à l’heure actuelle, j’ai été satisfaite de cette saison 1. Pour moi, Broadchurch est, à la base, une mini-série. Elle est complète, se suffit à elle même : il y a un début, des péripéties et une conclusion nette et propre. Elle n’a pas besoin d’un approfondissement qui aurait le danger de nuire à la qualité de cette saison 1.
Où se déroulerait la saison 2 ? Si à Broadchurch, de quoi parlerait-on ? Un second meurtre serait répétitif et on tirerait de ce nouveau cas qu’il ne fait pas bon côtoyer Broadchurch. Présenter l’après Danny Latimer serait une possibilité, mais de quoi discuterait-on ? Je trouve que la première saison a fait le tour de la question, qu’ajouter de plus ? En outre, n’oublions pas qu’en premier lieu, Broadchurch est un polar, pas une étude de moeurs… Même combat si on suit la famille Miller dans sa nouvelle vie… Faire une deuxième saison dans une autre ville que Broadchurch me paraîtrait incongrue : garderait-on Broadchurch en titre alors que l’action s’y déroule ailleurs ? (à la manière du Dakar qui a déménagé en Amérique du Sud…). Et ressortir les mêmes ficelles scénaristiques nous mettrait en face d’un déjà vu bien connu.

 

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Sériecalement vôtre,
VK


13 mars 14

CRIMINAL MINDS, EP. 200

La kidnappée, la revenante et le tortionnaire…

(diff US, avec SPOILERS)

 

Criminal Minds rejoint le prestigieux club des séries ayant atteint les 200 épisodes. Mes réactions : (1) c’est fantastique !, (2) que le temps passe vite !, avant de souhaiter un bon anniversaire à la série (chiche rendez-vous au 300ème épisode^^, je ne dirai pas non). Bien sûr, l’arrivée de ce volet n’est pas passé inaperçu parmi les fans, et surtout parmi les fans du personnage d’Emily Prentiss (dont moi). Bien avant la diffusion du 200, les amoureux de cette série avaient été abreuvés de photos de tournage, d’interviews du cast & crew. Toutes ces sources d’information nous avaient entraînés dans de longs débats, entre excitation, doutes, élaboration d’hypothèses en tout genre (je plaide coupable^^). Avec le retour assuré de Prentiss le temps de ce chapitre, j’attendais ce 200 avec impatience. Car quand on savait que JJ allait être kidnappée, que cet enlèvement ferait écho à son année au State Department et au nouveau Section Chief Cruz, et que Prentiss allait venir à la rescousse, on attendait l’épisode du siècle. En tout cas, on nous l’avait vendu tel quel. Seulement, qu’en serait-il concrètement ?

Et bien, cet épisode a déchiré sa race !!, pour employer un langage familier. Vraiment. JJ n’est pas mon personnage favori, mais il faut le reconnaître : cet épisode JJ centric fera partie des meilleurs de la série. Un épisode incontournable (la preuve, je l’ai regardé deux fois en deux jours^^).

 

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Premièrement, tout fan en a rêvé et les scénaristes l’ont fait : un des héros se fait torturer dans les règles de l’art.
On a vu, au cours des saisons, des victimes subir les violences d’unsubs pervers, mais on n’avait pas vu les héros être eux-mêmes à la place de ces victimes. Si, on a eu un Reid drogué par Tobias. Depuis, aucun des personnages n’avait été en situation critique et entre les mains d’un bourreau. Prentiss avait beau avoir été retenue prisonnière par Doyle, elle n’avait subi pour seule torture qu’une gravure de tatouage, c’était trop « modeste ». Avec JJ, et aussi Cruz, c’était totalement différent. On a vu de véritables séances de torture : jets d’eau, suspension en l’air avec des chaînes, électrocution, torture psychologique, le tout mené par un spécialiste du domaine (comprenez un ancien interrogateur de l’armée irakienne). Bref, c’était parfait. A me lire, vous allez me prendre pour une personne cruelle, mais je vous rassure, c’est uniquement pour la fiction. Et puis, ne sommes-nous pas en train de parler d’Esprits Criminels ? Nous ne sommes pas dans les bisounours, pardi !

Deuxièmement, on a eu droit au retour d’Emily Prentiss.
Quand bien même elle se trouve à des milliers de kilomètres de DC, elle est toujours rattachée à l’équipe. La voir dans son bureau, en mode « reine veillant sur son domaine » était top. De même la voir en action en sautant sur Hastings nous rappelait à quel point cette femme était une femme d’action. C’était une bonne chose de ne pas cantonner son retour à une participation passive dans l’enquête (ça aurait été frustrant, au vu de son passé, son caractère). Par ailleurs, on a eu droit à un petit retour sur l’affaire Doyle lors d’une belle scène de complicité entre JJ et Emily, à l’époque où Emily était amenée à son nouveau lieu de résidence. Enfin, ce retour était un joli clin d’oeil à l’épisode 6*18 : JJ était revenue pour aider l’équipe à trouver Emily alors qu’elle-même se trouvait à des milliers de kilomètres, et aujourd’hui, c’est Emily qui vient en renfort pour localiser JJ. Cela démontre que l’équipe est très soudée, quelles que soient les évolutions de carrière de ses membres.

Troisièmement, l’épisode était palpitant.
Aucun temps mort. De l’action, des explosions, des échanges de tirs, des moments d’émotion, des confrontations bureaucratiques. Un bon dosage entre scènes de recherche, scènes de torture, scènes avec Emily et flashbacks. L’épisode était dense, peut-être avait-on trop d’informations en même temps, mais en définitive, il était tellement bien réalisé et écrit qu’on ne s’ennuyait pas une seconde. On oscillait sur une palette d’émotions : stress (retrouvez vite JJ !), rires (les profilers « gentiment » refoulés vers la sortie par les agents de sécurité), nostalgie (Prentiss, la scène JJ/Prentiss dans le jet), la colère (contre la dame rembarrant Hotch, contre Hastings), tristesse (la perte du bébé), la joie des retrouvailles au bar.

On va terminer cet éloge avec la performance de AJ Cook : elle était tout simplement formidable.
Très beau jeu, aussi bien dans les scènes de torture que dans les séquences d’émotion et la course-poursuite avec Hastings. Parfait. Le personnage de JJ a sacrément changé depuis le temps où elle se contentait de courtes apparitions pour parler à la presse. Là voilà devenue profiler, badass et mère de famille.

 

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A présent, attardons-nous sur d’autres éléments. On notera un certain parallèle entre l’histoire JJ vs. Hastings et Emily vs. Doyle. Il s’agit davantage de clins d’oeil (volontaires ou involontaires) puisque les contextes de ces deux histoires sont assez différents pour qu’on puisse les désigner comme copies. Néanmoins, on ne peut pas s’empêcher d’y penser. Emily, ayant un nouveau poste, revient épauler le BAU pour sauver JJ ; dans la saison 6, c’est JJ, dans une nouvelle affectation, qui revient illico soutenir le BAU dans la recherche de Prentiss. Elles apprennent le problème de l’autre alors qu’elles officient en dehors des Etats-Unis. Toutes les deux sont retenues prisonnières. Toutes les deux sont violentées. Le temps est compté pour toutes les deux. Une affaire de terrorisme est liée à la mésaventure des deux héroïnes : tantôt un terroriste irlandais, tantôt des membres d’Al Qaïda. A cela s’ajoute une participation à une mission top secrète et donc une task force : équipe d’Interpol, équipe FBI/CIA au Moyen-Orient. Dans les deux cas, un ancien collègue s’avère être un traître : Jeremy Wolfe / Michael Hastings. On remarque aussi une coupure de courant quelques instants avant l’arrivée des renforts et une blessure au niveau du ventre causé par un objet coupant (Emily / Cruz).

 

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Le seul point faible assez perturbant de cet épisode réside dans la légitimité de JJ à rejoindre la task force de Matt Cruz. Je ne titillerai pas sur ce point s’il n’avait pas été aussi déterminant. En effet, rappelons qu’il est à l’origine de tout.

On se souvient que JJ, à l’époque, n’était qu’agent de liaison. Agent du FBI, oui, mais seulement agent de liaison. Elle n’avait aucune expérience en tant que profiler ou membre d’une autre task force pour des opérations spéciales. Et puis un jour, elle s’est retrouvée mutée au Moyen-Orient, zone dangereuse, et de surcroît, sur une mission ultra confidentielle et périlleuse de traque de terroristes d’Al Qaïda !!! Le genre de mission qu’elle n’avait jamais faite avant. Pour moi, c’est vraiment un virage extrême. D’agent de liaison donnant des conférences de presse, accueillant les familles de victimes, JJ devient chasseuse de terroristes au sein des forces spéciales ?!? On passe d’un extrême à l’autre, c’est incohérent. Vous m’objecterez qu’à la base, JJ établissait un contact avec la femme du terroriste, par conséquent, son ancien job lui donnait la légitimité pour le faire. Ou la raison bateau : JJ étant une femme, elle mettrait la prisonnière en confiance plus rapidement qu’un homme. Soit. Alors, quid de Strauss ? Ce n’est pas une femme, peut-être ? N’aurait-elle pas pu briser la glace ? Elle n’est quand même pas aussi rigide…

Ensuite, je ne comprends pas pourquoi JJ a continué aussi longtemps sur la mission et pourquoi elle est devenue l’un des garants des codes pour Integrity. Surtout, qu’est-elle allée faire dans ce convoi alors qu’elle était enceinte ?? J’aurais vu un autre profil être affecté sur cette mission : une personne ayant des compétences en négociation + ayant déjà été membre d’une task force + parlant arabe (ou au moins combinant deux de ces caractéristiques). Il faut un début à tout, d’accord, mais dans ce cas, le rôle de JJ aurait du s’arrêter à l’interrogatoire de la femme, pour une première mission de cette envergure. Même Strauss a contribué ponctuellement à la mission (ce que laisse supposer son absence au fur et à mesure des flashbacks). A l’inverse, une personne comme Emily aurait été plus adaptée pour cette mission (je ne dis pas ça parce que j’aime ce personnage, mais son profil me serait apparu comme une évidence). Pour une première mission, JJ aurait du avoir un rôle d’observateur et être confrontée au terrain dans une seconde mission. C’est vraiment la seule limite que je retiendrai pour cet épisode, excellent sur les autres points évoqués plus haut.

 

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Sériecalement vôtre,
VK