03 mai 15

BROADCHURCH, SAISON 2

 

Pour tout vous dire, je suis partagée par cette saison 2, à laquelle j’ai préféré la première. Pris individuellement, le second cru de Broadchurch n’est pas si mal : une enquête et en parallèle, un procès, suite logique d’une précédente affaire, avec un très beau travail de réalisation et de lumière. Pris dans la globalité de la série, les effets de surprise et de charme se sont estompés par rapport au premier millésime. On avait déjà vu une enquête auparavant, on avait déjà vu les mêmes rouages en termes de composition visuelle, on avait déjà eu le même cadre (Broadchurch, même si quelques nouveaux lieux sont apparus). Surtout, la deuxième saison m’a parue n’être qu’un prétexte pour développer l’affaire Sandbrook. Affaire dont l’origine se rapproche de celle de Dany Latimer : un malheureux accident, dû à une situation inopportune et une vive réaction. Il n’y a pas de préméditation (enfin si, pour le second meurtre Sandbrook), de plan machiavélique, ces drames se sont produits comme ça, sans que l’on s’y attende, et c’est réaliste.

 

Boradchurch 2

 

On peut souligner l’effort de la série à présenter la deuxième partie tu traitement judiciaire du meurtre du jeune Latimer, à savoir le procès. La relation/le duel entre les deux avocates était intéressant. Souvent, on s’attarde sur le déroulement de l’enquête, puis quand le coupable est démasqué, tout s’arrête. On ne voit pas le procès, ses conséquences sur la famille qui a la sensation de revivre le calvaire encore et encore. Ou alors, on voit un procès, mais ce dernier sert à découvrir que l’enquête n’a pas cerné le vrai coupable, et les protagonistes creusent pour révéler la vérité. Dans Broadchurch, la partie procès n’est pas mise en silence. J’avoue que c’est plutôt bien joué qu’il se soit conclu par l’innocence de Joe, bien que coupable, à cause du doute raisonnable instillé par son avocate parmi les jurés. On comprend la complexité du travail de l’accusation et la défense. On reste dans la dure réalité : parfois, justice n'est pas rendue.

A part cela, ce n’est pas l’intrigue qui puisse donner lieu à un large panel de possibilités… Que dire/faire de plus, si ce n’est apporter des éléments nouveaux qui vont tout remettre en question ? Il fallait donc associer le procès à une autre histoire, sinon la série ne durait pas plusieurs épisodes. C’est Sandbrook qui a fait office d’accompagnant, et qui m’a fait sentir qu’elle était la principale motivation de cette saison 2. Mais la une passée, et à mes yeux, suffisante et satisfaisante en elle-même, l’envoûtement effacé, je me suis moins captivée pour cette nouvelle enquête. Signe alarmant : j’ai même manqué un ou deux épisodes sans en ressentir de culpabilité, sans chercher à les rattraper alors que le replay existe !!

Néanmoins, je reconnais l’excellent jeu des acteurs : principaux et secondaires, anciens (i.e, présents en saison 1) et nouveaux. Les échanges Ellie/Alec, toujours aussi doux^^. Deux personnalités en totale contradiction qui forment un duo parfait. J’apprécie la place accordée aux femmes dans des rôles clés : les deux barristers, la juge (bien qu’elle ne soit pas un personnage majeur). On aurait pu tout attribuer à des acteurs masculins, ou avoir une majorité de ces rôles donnée à des hommes. N’allez pas croire que je suis une féministe radicale, loin de moi cette idée, mais disons que ça fait plaisir de voir cela quand, à côté, trois quart des personnages principaux de séries sont des hommes… Et même parfois, je pense par exemple à la franchise Law & Order, quand une femme est présente dans l’équipe des procureurs/avocats de la défense, j’ai l’impression qu’il s’agit d’une stratégie pour prouver qu’on a bien respecté le quota minimum des rôles féminins…

 

Broadchurch 1

 

Maintenant qu’une saison 3 est confirmée, je ne peux que demeurer perplexe. De quoi va-t-on discuter ? Il me semble qu’on a fait le tour des questions.

L’affaire Latimer est terminée. On pourrait imaginer le meurtre de Joe et rebelote, plusieurs habitants de Broadchurch seraient suspectés chacun leur tour. On inventerait des coïncidences par lesquelles plusieurs d’entre eux auraient été plus ou moins proches géographiquement de Joe à un moment donné. Encore une fois, point de nouvelles surprises à l’horizon, et pourquoi ressasser cette histoire ? Même raisonnement si les suspects sont totalement étrangers à Broadchurch : ce serait le même schéma narratif.

Un nouveau meurtre à Broadchurch ? Euh… personnellement, non, on a déjà assez donné. Et ficelles narratives déjà éprouvées...

Un deuxième procès de Joe, suite à l’émergence d’éléments accablants ? Non merci. Un seul procès a été suffisant. « Trop de procès tuent le procès »… Un chemin de croix de Joe vers la repentence et un pardon de Beth ? Possible, mais est-ce le thème de base de Broadchurch ? Je n'en suis pas très convaincue... 

Un focus sur le duo formé par les deux avocates qui rouvrent l’affaire pour laquelle le fils de l’une d’elles est sous les verrous, avec l’appui d’Alex et Ellie ? Envisageable. Mais ne s’éloignerait-on pas alors de Broadchurch, et dans ce cas-là, l’écart entre le titre de la série et le contenu réel de la saison 3 ne me paraîtrait pas cohérent… A l’instar du Paris-Dakar qui se déroule en Amérique du Sud (mais ce n’est pas la faute des organisateurs), ou du jeu télévisé Pékin Express qui se déplace de continent en continent… Ce n’est qu’un détail, mais j’aime bien m’arrêter dessus^^.

Bref, quelles seraient les autres hypothèses ? Une saison dédiée à une enquête menée par Miller en inspecteur principal ? Mais sur quoi ? Et encore à Broadchurch ? Et avec la même réalisation ? Déjà vu…

 

Sériecalement vôtre,

VK Série


23 mars 14

BROADCHURCH, SAISON 1

 

Broadchurch4

 

Comme beaucoup d’entre vous certainement, je me suis laissée tenter par l’expérience Broadchurch, à la vue des bandes annonces de France 2 et d’échos positifs lus par ci, par là. Impossible de regarder cette série sans être subjugué par la mise en scène, le jeu de lumière, l’alternance entre scènes au ralenti et scènes au rythme normal, la beauté des paysages et la musique. Sur ces points là, Broadchurch est un petit bijou. Les caméras nous promènent dans un petit coin de paradis avec l’aide d’une lumière presqu’aveuglante pour mieux entrer en collision avec la noirceur de l’histoire. Enfin, les acteurs sont parfaits dans leur jeu.

 

En y réfléchissant bien, Broadchurch présente une intrigue policière plutôt classique, je pousserai même jusqu’à l’extrême en disant qu’il n’y a rien de formidable. Les étapes de son traitement sont classiques, elles aussi. On part en effet d’un crime choquant qui ébranle toute une petite communauté jusqu’alors soudée et paisible. Ensuite viennent les doutes sur plusieurs protagonistes : chacun cache un secret plus ou moins lourd derrière une vie rangée. Arrive la révélation de l’identité du coupable qu’on pouvait soupçonner (une de mes hypothèses vers le deuxième tiers de la série) car c’était le seul à ne pas avoir été inquiété par les scénaristes. D’ailleurs, le mobile du meurtre n’a rien de nouveau. La victime connaissait bien son bourreau, celui-ci faisant partie de son cercle proche : ceci reste commun. Ces différents éléments s’installant avec lenteur. C’est un leitmotiv qu’on rencontre dans pas mal de séries : un endroit paradisiaque qui vole soudainement en éclats à cause d’un crime violent et incompréhensible, puis se transforme en boîte de pandore des bassesses, hypocrisies de l’âme humaine.
La pédophilie est également un thème récurrent. Peut-être trop d’ailleurs dans le sens où on aurait pu utiliser d’autres thèmes sombres, néanmoins, pourquoi pas, car la série a présenté différentes manifestations de cette perversité. Toujours est-il que ce thème se retrouve dans d’autres fictions (Top of The Lake par exemple).

 

Là où Broadchurch est intéressante, c’est dans sa mise en scène qui lui confère une beauté et un charmé indéniable. L’autre intérêt réside dans sa façon de s’attarder sur les conséquences de la perte de Danny sur sa famille et sur la communauté. Bien qu’il y ait eu le meurtre, la découverte du corps, la perte met du temps à s’imprégner dans l’esprit de la famille. Elle prend « pleinement conscience » de la réalité une fois qu’elle sait qui a tué Danny et que l’enterrement a eu lieu. Jusqu’alors, le fait de ne pas connaître le coupable et de ne pas avoir mis en terre Danny semblait rendre ce décès brutal irréel. Il le devient une fois les circonstances éclaircies. C’était intéressant de voir cette famille flotter pendant tout le long de la série avant de se lâcher.
En outre, j’ai apprécié cette idée d’introduire une nouvelle grossesse et de voir la réaction des parents face à cet heureux évènement qui coïncide avec un drame : le sentiment de culpabilité, l’impression de remplacer un enfant perdu par un autre, la peur de ne plus être à la hauteur.

 

Broadchurch3

 

L’affaire n’épargne pas non plus les habitants de la station balnéaire : le choc et l’incompréhension d’un tel acte précèdent une suite de suspicions, de rumeurs qui mettent le feu aux poudres. Le dégoût et la haine  s’emparent de la collectivité qui condamne sans procès celui qui est l’objet de ces rumeurs. Même si elles sont véridiques pour une partie de l’histoire, Broadchurch montre bien qu’il suffit de peu pour qu’on en vienne à juger et vouloir punir quelqu’un sans chercher à avoir sa version des faits, approfondir l’histoire pour en saisir tous les tenants et aboutissants. Les chasses aux sorcières arrivent très vite.
Oui, le vendeur de journaux a eu une liaison avec une mineure, ceci est tout à fait répressible, mais on découvre plus tard que cette liaison a abouti sur une autre histoire qui s’est terminée en drame familial. Au dégoût initial pour ce genre de personnage, on finit par le regarder autrement quand on apprend qu’il a par la suite perdu toute sa famille.
En réalité, on est tous ambivalent : une part d’ombre (plus ou moins discutable) côtoie une part de lumière. Ceci s’applique aussi bien aux personnages que l’on range dans la catégorie des personnages douteux : le vendeur de journaux, Susan, qu’aux personnages considérés comme étant les gentils : Alec Hardy, Mark Latimer, pour citer des exemples. Quelle que soit son évolution, l’homme est un mélange d’arômes. 

 

Cette ambiguité n’est pas automatiquement visible, et la série l’a subtilement démontrée. On ne connaît jamais vraiment quelqu’un, qu’il soit un ami, un parent, un voisin. La pédophilie est fortement présente : le vendeur de journaux, le mari de Susan, le mari d’Ellie Miller. Personne ne connait leur histoire. C’est le meurtre de Danny qui déclenche tout : sans cet évènement, la vie aurait continué sans que personne ne devine ces secrets sombres. J’ai trouvé très intelligent de mettre en parallèle la situation de Miller avec celle de Susan. Au début, Miller critique Susan : pour Miller, Susan aurait du se rendre compte de la nature de son mari. Puis coup de théâtre, Miller vit cette situation avec son propre époux. Or, elle-même n’a rien vu. Et elle-même est critiquée par la mère de Danny qui lui demande comment elle a fait pour ne rien voir.
Cette question est compréhensible et tout à fait naturelle : comment peut-on ne rien soupçonner d’une personne avec laquelle on vit depuis des années, qu’on connaît intimement ? Sauf que la réponse à cette question est loin d’être évidente. On peut le sentir et on peut très bien aussi ne rien sentir, non pas parce qu’on ne veut pas voir, qu’on n’est pas intelligent, mais simplement parce qu’il est impossible de l’envisager, et on se retrouve totalement démuni quand la vérité éclate. On le voit ici avec Susan, Ellie, et également la mère de Danny. Elle aussi pose la question à Ellie, cependant, elle aussi n’a pas vu que son mari avait une liaison. Par ces face-à-face et renversements de situation, Broadchurch nous fait réfléchir sur ce thème du « quand un proche a un secret, on doit le savoir ».

 

Broadchurch2

 

Passons maintenant à la relation Alec Hardy / Ellie Miller que j’ai trouvée excellente, de même pour leur personnalité. Les deux n’étaient pas faits pour travailler ensemble mais y arrivent finalement. Hardy est le flic de la grande ville, rompu aux enquêtes d’envergure. Il débarque dans un trou paumé, méprise ces habitants de ce genre de patelin où tout le monde se connaît, s’épie, où tout le monde paraît tout beau, tout gentil, mais où en réalité n’hésiterait pas à renier son prochain au moindre petit écart de conduite. Hardy n’est pas dupe, il est conscient que n’importe qui peut être le coupable. Il est habitué aux enjeux des enquêtes criminelles et peste contre la police de Broadchurch loin d’être familière de ce genre d’affaires. Il peste  contre Miller qui est tout son contraire. Cette dernière veut voir la bonté en chacun des habitants, plus généralement, a confiance en l’être humain. Elle vit dans une sorte d’innocence. Elle ne manque pas cependant de caractère : ses répliques piquantes à destination de Hardy apportent une grande touche de légèreté.
Au cours de l’enquête, chacun des deux évolue : Miller perd ses illusions de bonté de l’âme humaine tandis que Hardy se rachète de son précédent échec sur le meurtre de Sandbrook (et on en revient au fait que chaque protagoniste cache quelque chose : pour Hardy, c’est cette blessure de ne pas avoir pu arrêter un assassin), devient plus conciliant envers Miller et la soutient dans l’épreuve qu’elle traverse. A noter également ces scènes très fortes dans lesquelles Miller apprend la vérité et déverse sa colère sur son mari : Olivia Colman était incroyable.

 

Quant à la saison 2 qui, aux dernières nouvelles, se précise : personnellement, je ne suis pas très emballée. Je peux tout aussi bien me tromper. Cependant, à l’heure actuelle, j’ai été satisfaite de cette saison 1. Pour moi, Broadchurch est, à la base, une mini-série. Elle est complète, se suffit à elle même : il y a un début, des péripéties et une conclusion nette et propre. Elle n’a pas besoin d’un approfondissement qui aurait le danger de nuire à la qualité de cette saison 1.
Où se déroulerait la saison 2 ? Si à Broadchurch, de quoi parlerait-on ? Un second meurtre serait répétitif et on tirerait de ce nouveau cas qu’il ne fait pas bon côtoyer Broadchurch. Présenter l’après Danny Latimer serait une possibilité, mais de quoi discuterait-on ? Je trouve que la première saison a fait le tour de la question, qu’ajouter de plus ? En outre, n’oublions pas qu’en premier lieu, Broadchurch est un polar, pas une étude de moeurs… Même combat si on suit la famille Miller dans sa nouvelle vie… Faire une deuxième saison dans une autre ville que Broadchurch me paraîtrait incongrue : garderait-on Broadchurch en titre alors que l’action s’y déroule ailleurs ? (à la manière du Dakar qui a déménagé en Amérique du Sud…). Et ressortir les mêmes ficelles scénaristiques nous mettrait en face d’un déjà vu bien connu.

 

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Sériecalement vôtre,
VK