17 janv. 16

DOWNTON ABBEY, BILAN

 

Downton Abbey a fait ses adieux aux téléspectateurs français le 2 janvier 2016 avec son ultime Christmas special. Cet épisode a offert un sympathique et happy end à tous les personnages… enfin, presque tous les personnages car en ce qui concerne Carson, je dirai que sa fin heureuse ne l’est pas entièrement.

Je garderai de bons souvenirs de cette série raffinée. Elle nous a présenté avec brio une belle reconstitution de la société britannique du début du XXème siècle, de l'aristocratie aux personnes dévouées à leur service, avec une galerie de personnages élégants et bienveillants. Je citerai en exemple Lord Grantham, un homme qui s’est montré loyal envers ses domestiques (Carson, Mrs. Padmore, Bates…), qui n’a jamais fait preuve de méchanceté ou d’indélicatesse envers qui que ce soit. Il était un véritable gentleman. Downton Abbey a créé un environnement où l’amour a coexisté avec les tragédies (comment oublier la mort de Matthew et Sybil le jour où ils ont accueilli leur nouveau-né ?), les bouleversements socio-économiques inévitables ou amplifiés par les évènements historiques et l’acceptation de ces changements (Tom, le chauffeur qui s’est marié avec la cadette d’un compte, shocking^^ ! etc.), l’humour (Denker vs. Spratt, les remarques de la comtesse douairière…). Je dirai qu’il a toujours été question d’amour dans Downton Abbey. Mary/Matthew et finalement Mary/Henry, Edith/Michael, Edith/Bertie, Tom/Sybil, Isobel/Lord Merton, Anna/John Bates, et toutes les autres relations qui n’ont pas abouti.

 

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Pour ma part, je dois avouer que certaines histoires d’amour ainsi que certains protagonistes m’ont ennuyée. Mary a été la plus décevante. Elle a été tout le long l’enfant gâtée d’une famille aisée. Ayant pour objectif d’épouser un homme avec une excellente situation. Bien qu’elle ait accepté Henry à la fin, je n’ai pas été très convaincue par sa démonstration de fierté en apprenant la reconversion d’Henry en vendeur de voitures. Cruelle envers sa propre sœur Edith, se pavanant avec sa nouvelle coupe de cheveux alors qu’Edith venait de recevoir la confirmation du décès de Michael, et lui témoignant presque de l’exaspération. Il était vrai qu’on se doutait qu’il n’y avait plus d’espoir de revoir Michael en vie, mais bon, Mary, il y a des limites… Sur un forum, un internaute me disait qu’avec un tel ego, Mary se devait de se la péter un max… Ce qu’elle a fait avec succès. Pourtant, Mary a montré une autre facette, inattendue et voire incompatible avec ce à quoi elle nous avait habitués… Peste avec sa sœur, l’aînée du comte était très proche de sa femme de chambre et du majordome, et de façon générale, faisait preuve de bonté envers les classes sociales en dessous de la sienne.

Après la mort de Matthew (je n’ai jamais accroché à l’incessante valse de ces deux-là), je souhaitais que Mary sorte des sentiers battus et entame de nouveaux défis. Gérer le domaine, se réaliser dans une activité, peu importe laquelle. On l’a en effet vue s’impliquer dans la gestion de Downton, mais le sujet était traité à sa surface (une scène de temps à autre). Au lieu de voir des arches narratives percutantes, qu’a-t-on vu ? Et bien, Mary en hésitation face à de nouveaux prétendants, encore et encore… On a l’impression que caser Mary était la seule finalité réservée à ce personnage. Ainsi que la montrer sous son plus mauvais jour uniquement avec sa sœur, et ce, jusqu’à la fin. Prenez par exemple l’affaire Marigold et Mary clamant qu’elle ignorait qu’Edith n’avait encore rien révélé à Bertie… Mouais, mon œil… A mes yeux, Mary a été le personnage le moins passionnant. Je ne sais pas si elle était censée être l’héroïne que les téléspectateurs détesteraient ou envers laquelle ils éprouveraient des sentiments partagés, si c’est le cas, l’entreprise a été réussie.

 

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A l’inverse, l’évolution de la malchanceuse (pour plusieurs années) Edith a été remarquable. Aux débuts de Downton Abbey, Edith restait un personnage discret, voire presqu’insignifiant. Je crois même que je n’ai jamais fait attention à elle pendant la première saison. Malgré tout, elle a réussi au fil des saisons à devenir une femme mature, moderne, brave. Elle me rappelle un peu la jeune, effrontée, et passionnée Sybil, qui fut la première à bousculer les codes. Edith a en quelque sorte repris le flambeau. Tout comme Mary, Edith a eu de nombreuses aventures de cœur. Au contraire de Mary, ces intrigues ont été un cortège d’épreuves bien plus intéressantes. Edith a été abandonnée à l’autel le jour de son mariage, a eu un enfant en dehors des liens du mariage (totalement ordinaire pour nous aujourd’hui, totalement scandaleux à l’époque !), a dirigé un magazine. La jeune femme en est ressortie plus forte. Elle a complètement mérité une fin joyeuse, et heureusement d’ailleurs, sinon j’en serai restée amère.

 

L’amour a donc été un sujet indissociable de Downton, en parallèle du portrait d’une certaine Grande Bretagne d’avant. Si, au départ de ma réflexion je me suis légèrement emportée devant ces amours à répétition, en définitive, elles se comprennent quand on se replace dans le contexte de l’époque où en général, finir vieille fille n’était pas considéré comme situation idéale… L’une des sœurs aurait pu terminer la série en demeurant indépendante et continuer ce rôle de femme avant-gardiste, finalement, les voir heureuses en couple ne me déçoit pas, c’est une fin positive.

 

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Je regrette la relation entre les Bates et la justice : était-ce nécessaire de voir à la fois John et Anna accusés de meurtre deux années de suite ? Je regrette le fait que plusieurs intrigues autour des domestiques aient existé parque qu’elles étaient directement liées à la famille Crawley. Par exemple, on voyait le domestique Y affairé dans la ville W car il/elle accompagnait un membre de la famille Crawley dans la ville W. Toutefois, je ne regrette pas d’avoir vu ces personnages poursuivre/concrétiser leurs rêves : Mrs. Padmore et son Bed & Breakfast, Daisy réussissant ses examens (je la voyais même aller plus loin car elle n'a pas froid aux yeux quand il s'agit de faire entendre ses opinions), Spratt et sa rubrique dans le magazine d’Edith ("et dire que nous avions un expert en bas !" pour reprendre Lady Violet, franchement, je ne m’y attendais pas), Molesley devenant instituteur… Les temps changent, et les personnes également. Autre amertume : quelques intrigues peu approfondies, où on est passé d’un commencement étonnant à un développement et une conclusion trop rapides, alors qu’on perdait du temps sur des histoires pour lesquelles on éprouvait une sensation de déjà-vu. L’implication malencontreuse des Bates dans des affaires criminelles est l’exemple le plus parlant.

 

Voilà des éléments sur lesquels je souhaitais revenir, parmi d’autres en tête, oubliés, ou qui traverseront mon esprit plus tard… Downton Abbey a été une série savoureuse. Avec elle, il ne fallait pas s’attendre à des péripéties grandiloquentes, de prise de position sur des sujets sociétaux ou politiques, seulement au quotidien (presqu’ordinaire) de personnes ordinaires de passage dans un monde en transition, raconté avec douceur et charme (les scènes véritablement violentes se comptent sur les doigts de la main). Certains personnages ont eu une place plus évidente que d’autres mais tous ont connu leurs aventures. Même si j’aurai aimé passer davantage de moments agréables grâce à cette fiction, comme l’a dit Thomas Barrow, l’homme mystérieux avec une sensibilité insoupçonnée, "même les bonnes choses ont une fin". 

 

Relire mes autres reviews sur la série ici.

 

Sériecalement vôtre,

VK


28 mars 15

DOWNTON ABBEY, SAISONS 3 A 5

 

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Je me permets un one shot avec cet article couvrant les saisons 3 à 5 de Downton Abbey, les saisons étant courtes et relativement sans évènements explosifs. Ce n’est pas la seule justification, en fait, ayant vu la saison 3 il y a très longtemps et les deux suivantes, l’une à la suite de l’autre, dans un passé récent (sur TMC), j’ai décidé de traiter le tout en même temps, pour éviter les erreurs d’association intrigue/saison.

De façon générale, plus les saisons avancent et plus je trouve la série meilleure. On aurait pu craindre une lassitude au bout d’un certain temps. Car qu’est-ce que vraiment Downton Abbey ? Si on devait la décrire en une phrase maximum, la série nous montre ni plus ni moins des chroniques d’une famille de la haute société britannique et celles de ses domestiques. En somme : les journées réglées par l’étiquette, les évènements mondains s’enchaînant les uns après les autres, de même que les jours ordinaires mais (trop) chargés en besognes des servants qui se répètent avec peu d’opportunités d’évolution. Downton Abbey suit ce réglage, mais en réussissant à nous fasciner : qui ne s’est pas imaginé avoir ce train de vie ? ; et surtout, à faire évoluer ses personnages dans un monde qui change (la guerre, le refus de la hiérarchie de la société telle qu’elle est depuis des siècles…). La série donne l’impression, d’un point de vue macro, que « rien » ne passe. Il n’y a pas d’enquêtes, de scènes d’action, de complots. Malgré tout, on se rend compte après cinq saisons que le domaine de Downton en a vu défiler, des histoires ! Même si certaines m’ont ennuyée, je suis charmée par ce que la série propose. 

 

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Cependant, voici ma première doléance : j’ai l’impression que les domestiques sont encore trop réduits à leur simple statut, par rapport aux Grantham et Crawley. Qu’est-ce que j’entends par là ? Cela m’a frappée tardivement, mais quand vous regardez les intrigues autour des non domestiques, ceux-ci évoluent au-delà de Downton. Ils interagissent avec le monde : ils vont à Londres, sont invités par d’autres gens de leur classe, ont des histoires d’amour et d’amitié, ont des problèmes, etc. Les intrigues sur les domestiques, en dehors du cadre professionnel, sont plus limitées, restent à leur relation avec les Grantham, Crawley et autres lords. On les voit moins interagir avec le monde extérieur de façon indépendante et aussi, leurs histoires sont moins poussées. Par exemple, Mary va à Londres pour faire telle ou telle chose toute seule, si elle est accompagnée de sa femme de chambre, on ne voit pas/très peu ce que cette dernière fait. Si un domestique va à Londres, il y a toujours un fil qui le ramène vers sa condition/la famille qu’il sert ou alors ce voyage est ellipsé et on le revoit de retour à Downton. Ainsi, Thomas est parti à Londres pour suivre un traitement, j’aurais bien voulu avoir quelques scènes où on voit de quoi il retourne, avant d’apprendre à Downton le véritable but du voyage. Ou autre exemple : Spratt est allé au mariage de sa nièce (si ma mémoire est bonne), on ne l’a pas vu dans la sphère privée mais on l’a vu en ville parce qu’il a aperçu Mary et son amant sortir de l’hôtel. De temps en temps, il y a des histoires qui n’ont rien à voir avec Downton, mais c’est rare et assez vite expédié.

Je parle de façon générale, je me rappelle encore du triste destin de la servante ayant eu un enfant avec un officier dans les premières années, pour le coup, c’était assez indépendant du cadre de Downton/de la domesticité. Après, il y aussi une contrainte de temps et de personnages : il y a peu d’épisodes par saison, on ne peut pas faire évoluer tout le monde avec la même intensité, il faut trancher. Néanmoins, quelques rééquilibrages seraient les bienvenus…

 

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Je poursuis donc avec un paragraphe sur ces rééquilibrages et les points qui n’apportent plus d’intérêt. On pourrait en parler de temps en temps, mais selon moi, ils ont pris une importance inutile.

Commençons par Mary. Dans une précédente critique, j’avais dit que son "je t’aime, moi non plus" avec Matthieu et la succession d’obstacles sur leur relation, au détriment d’autres personnages qui auraient gagné à être davantage explorés, avaient fini par m’exaspérer. Aujourd’hui, je suis toujours sous le coup de l’exaspération. Mary est un personnage qui stagne. On dirait que son rôle se borne à être la fille ainée à marier à un riche héritier pour assurer la pérennité de Downton. Après la mort de Matthew, j’espérais la voir se révéler en femme d’affaires gérant avec brio le domaine. Défi d’autant plus intéressant qu’elle vit dans un monde dirigé par les hommes. Qu’est-ce qu’on a eu ? Certes, quelques moments avec son beau-frère pour parler gestion de patrimoine. Principalement, à peine Matthew disparu, voilà qu’on nous sort aussitôt deux prétendants !! Même si Mary répète qu’elle n’est pas prête et ne succombe pas pour un temps, le spectateur est toujours en face d’une situation déjà vue : quel parti va choisir Mary ? Comment va-t-elle traverser cette situation ?

D’autre part, Mary n’a pas mûri, contrairement à sa sœur Edith : elle reste la "pourrie gâtée", autocentrée sur elle-même et son domaine, sans compassion quand il s’agit d’Edith. A la confirmation de la mort de Gregson, bien qu’on n’avait plus d’espoir depuis longtemps, Mary envoie Edith bouler. Très sympathique de la part d’une sœur qui ayant perdu elle-même l’amour de sa vie, aurait dû être la première à soutenir Edith et à la comprendre…

 

Après Mary, parlons d’Anna et de John Bates. A l’instar de Mary et sa situation répétitive d’élégante jeune lady sur le marché de l’amour, les Bates entretiennent des liens étroits avec la justice, plus précisément la prison. Après son mari, Anna fait un séjour derrière les barreaux, et ce dernier, pour la sauver, s’accuse du meurtre dont son épouse est soupçonnée et se retrouve de nouveau recherché pour homicide. Pitié… La première fois s’était éternisée, et ça recommence… J’aurais préféré le développement suivant : suite à son viol, Anna porte plainte. Cela aurait été une très bonne occasion de montrer comment les affaires de viol étaient traitées à l’époque, les injustices envers les victimes et en filigrane, la difficile condition des femmes à l’époque (sans nécessairement s’enliser dans le pathos). Ou alors, en choisissant l’intrigue autour de la mort du violeur, qu’on y mette un terme : qu’Anna soit vite innocentée grâce à un témoignage, voire qu’elle ne soit pas du tout arrêtée car la police aurait classé l’affaire. Ceci aurait permis l’approfondissement d’autres personnages, restés en retrait. Au choix : madame Hughes visitant sa sœur handicappée (la révélation tombe comme un cheveu sur la soupe…), Thomas et son traitement, l’émancipation de Daisy, Baxter qui retombe sur celui pour lequel elle a volé, etc. Dans le même état d’esprit, on aurait pu enlever/raccourcir cette histoire de prétendants pour Mary et mettre en valeur le couple Rose/Atticus. En effet, leur romance avant le mariage fut rapide ! N’avait-on pas attendu trois ans avant de voir Mary et Matthew sceller leur union ?

 

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L’abandon de poste de madame O’Brien fut inattendu et réglé à la vitesse de la lumière… Ce n’est pas la première fois qu’un domestique quitte les Grantham. On a bien eu, au tout début de la série, la femme de ménage devenant secrétaire, puis le valet traumatisé par la première guerre mondiale, et après O’Brien, le valet surpris en situation scandaleuse et celui accepté dans un hôtel de prestige. Au moins, pour ces personnes, un contexte a été développé, et le départ suivait une logique. Avec O’Brien, on a compris que la mère de Rose l’appréciait. Toutefois, sa fuite sonnait comme une solution qu’on avait dû trouver pour se débarrasser du personnage en urgence, sans réflexion (conflit entre la production et l’actrice ?).

 

Certains bonds dans le temps me paraissent inappropriés. Parfois on s’attarde sur des intrigues qui ne sont pas les plus excitantes (ex : Mary et ses amours). Puis tout à coup, on fait un saut en zappant des histoires qui auraient été intéressantes à voir (ex : la fin de la grossesse d’Edith). Nous sommes partis de 1912 et cinq saisons plus tard, nous sommes déjà dans le milieu des années 20 (il me semble). Les acteurs risquent de ne pas coller au rythme de vieillesse de leur personnage... (ok, il y a la magie du maquillage, mais cela ne fait pas tout).

D’autre part, certaines conclusions d’intrigues me paraissent encore politiquement correctes. Certains personnages s’en sortent dans la douceur malgré la gravité, pour l’époque, de leurs actions. Par exemple Rose et son chanteur de jazz noir qui ne vont pas au bout de leur relation, ou Edith qui peut compter sur la compassion de ses parents et sa tante. Peut-être est-ce compliqué d’un point de vue scénaristique de s’aventurer sur des questions scandaleuses pour l’époque considérée ? Moi, j’aimerai bien qu’on secoue de temps en temps le sac : que la vérité sur Edith soit révélée au grand jour et qu’elle affronte les médisances de la société conservatrice…

 

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Après cette proposition de points négatifs, voici les éléments qui ont rendu Downton Abbey plus forte :

Les drames qui ont bouleversé la série : la disparition, la même saison, de Sybil et Matthew. Deux jeunes protagonistes partis subitement dans la force de l’âge, alors qu’ils avaient tout pour être heureux. Ces sorties choquantes étaient ancrées dans la "réalité" : la mortalité des femmes lors de l’accouchement encore présente à l’époque et un "banal" accident de voiture s’annonçant à l’improviste.

L’arrivée de la jeune et audacieuse cousine Rose. Je l’aurais bien vue en femme moderne. Soit célibataire et vivant des aventures palpitantes (comme faire de l’aviation), soit en épouse qui travaille.

L’amitié entre Lady Violet et Isobel Crawley : une agréable surprise, une belle amitié, des discussions tintées de répliques savoureuses. Comme le dit l’adage, les contraires s’attirent. Malgré leurs divergences, ces deux femmes se respectent et tiennent à l’autre (même si elles refusent de l’admettre). Lady Violet était drôle et émouvante quand elle jouait les entremetteuses puis avait peur de finir toute seule une fois Isabelle mariée.

Le secret de Lady Violet : Absolutely outrageous !!^^ Qui l’eut cru ? Cela a l’avantage de casser son image. La comtesse douairière apparaît plus contemporaine, humaine, moins sévère.

Les histoires de cœur de Lady Violet et Isobel : plus exaltantes que celles de certains plus jeunes et proposant aux spectateurs une histoire d’amour du point de vue d’aînés (parce qu’à un moment, y en a marre des amourettes d’ados avec des pseudos obstacles…).

Le majordome de Lady Violet, Spratt : Curieux bonhomme, encore plus conservateur qu’un conservateur !

Les confrontations entre Robert et l’institutrice : explosives. Ceci-dit, l’institutrice, au-delà de ne pas avoir froid aux yeux, était bien culottée de provoquer des crises sous le toit de celui qui l’invitait…

 

Tom Branson et l’après Sybil, ou comment cohabiter avec la haute société anglaise sans oublier d’où on vient et qui on est. Ce personnage fut "torturé" par ses doutes, son sentiment de trahir ses principes. Je l’aurais bien vu reprendre la politique, poussé par l’institutrice, mais je reste satisfaite de ce qu’on lui a concocté. La femme de chambre lui tournant autour était une parfaite manipulatrice, cette histoire apportait un peu de piment. Au final, Tom a réussi à s’intégrer dans la famille Grantham et son univers, mais est resté humble. Il a su conjuguer ses deux mondes. Cracher sur cette nouvelle situation sociale et cette famille aurait été hypocrite. Il me manquera.

 

L’évolution d’Edith : Si on la compare à celle de sa sœur ainée, la progression d’Edith est de loin la plus attrayante et émouvante. C’est un des rares personnages qui a connu une nette transformation. Au départ peste et malheureuse en amour, Edith est toujours malchanceuse en amour, mais a grandi, s’est assagie. Les scénaristes ne l’ont pas ménagée, en lui faisant perdre les hommes de sa vie et en la mettant enceinte, hors mariage !! Je regrette de ne pas avoir vu une scène où Edith se sépare de sa fille à sa naissance, l’accent ayant été mis sur d’autres intrigues alors qu’il me semblait plus opportun de le réserver au moins pour ce type de scène clé. Heureusement, le déchirement et la souffrance d’Edith furent montrés lors de ses visites chez le fermier, pour voir la fille de son "amie". Ce stratagème ne pouvait pas du tout fonctionner à court terme. Il était impossible qu’Edith garde son sang-froid. De même, si sa fille avait été éloignée, Edith aurait eu un comportement, peut-être à moyen terme, qui aurait soulevé des questions. Quoi qu’il en soit, cette facette d’Edith était touchante, challenging.

 

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Madame Hughes et monsieur Carson : Sérieusement, la demande de mariage fut inattendue et un peu "bizarre". Bizarre dans le sens où je ne voyais pas du tout Carson initier ce genre de proposition, où je ne voyais pas du tout Hugues et Carson comme un couple, bien qu’on ait eu une scène sur la plage de ces derniers avançant dans l’eau main dans la main. Une amie me soufflait, devant ma perplexité, qu’il s’agissait plus d’un mariage de raison que d’amour, avis que je rejoins. On est plus fort ensemble. Carson et Hughes s’apprécient et se respectent beaucoup, ils n’ont pas forcément besoin d’être fous amoureux l’un de l’autre pour se marier. Il y a quand même de l’amour, mais sous une autre forme, plus nuancée. Cette union leur permettra de s’accompagner dans leurs vieux jours, de se soutenir en cas de difficultés, d’être tout simplement avec une personne dont ils se soucient.

 

La crise de couple Cora/Robert. Rien de révolutionnaire, mais un bon coup de fouet pour rappeler à Robert que rien n’est jamais acquis. Pour Cora, une petite aventure pour rendre sa vie monotone de comtesse moins morne, le temps de quelques épisodes. Surtout, on a la sensation que Cora ne fait pratiquement pas grand-chose, à part organiser des réceptions…

 

L’agression d’Anna. Contrairement à certains, cela ne m’a pas choquée. Non pas que le sort d’Anna me laisse totalement indifférente. J’avais lu, avant de regarder la scène en question, que celle-ci en avait bouleversé/dérangé beaucoup. J’imaginais alors que la scène avait été d’une violence inouïe. Mais rien de tel ne s’est produit. Le traitement à l’écran de l’agression fut soft (ou ça a été censuré pour la diffusion française ?). Elle est choquante dans le sens où elle se démarque du ton de la série, plutôt léger même si celle-ci traite d’évènements tragiques. On n’est pas non plus dans le film Lawless où les scènes violentes ne ménagent pas le spectateur… Cette agression reste réaliste : c’est une chose qui, hélas, peut frapper n’importe quelle femme.

 

Downton Abbey continue à faire son bonhomme de chemin dans l’univers des séries, en dressant le déclin de l’aristocratie britannique face aux nouvelles modes, mœurs et tragédies humaines.

 

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Sériecalement vôtre,

VK

20 oct. 12

DOWNTON ABBEY, SAISON 2

(diff fr)

 

downton 2

 

Cette saison 2 fut une réussite à mes yeux et ne fit que me faire apprécier davantage cette fresque. Je l'ai trouvée plus intéressante en terme de contenu par rapport à la saison 1, qui devait jeter les bases. Il y avait donc plus d'intrigues touchant plus de personnages. Dans la saison 1 seule une petite partie des protagonistes avait réellement droit à des péripéties pertinentes : par exemple, Mary était bien plus mise en avant que ses deux cadettes qu'on ne retenait en fin de compte, que comme les soeurs de Mary ; ou les mésaventures de Bates à se faire une place dans la domesticité des Grantham. Certes, il y avait une pluralité de personnages, mais on en voyait beaucoup parce qu'ils étaient domestiques et donc, leur présence était principalement due à leurs tâches quotidiennes ou bien parce qu'ils étaient de l'aristocratie et donc on les voyait aux dîners et dans le salon. Ainsi, ils faisaient partie du décor et intervenaient finalement par petits bouts dans les histoires de certains autres.

 

Dans la saison 2, non seulement il y avait plus de matière offerte au spectateur, mais elle était plus approfondie et impliquait pleinement la majorité des personnages. Ainsi, Edith et Sybil s'émancipaient et existaient aux côtés de Mary, Bates et Anna (surtout Anna) prenaient plus d'ampleur. Pour ces deux derniers, la vie est loin d'être un long fleuve tranquille. On veut les voir ensemble, mais il y a toujours une ombre qui vient gâcher le tableau. Et quand on les voit enfin heureux, on se dit que le destin est enfin juste et paf, on se prend un uppercut. L'ex-femme de Bates continue de lui causer des ennuis de l'au-delà. J'espère que Bates n'aura effectivement rien à voir avec la mort de Vera... D'autres personnages s'ajoutaient à ce nouveau tableau au fond de première guerre mondiale et ces personnages n'étaient pas forcément relégués au second rang. Je pense notamment à Esther qui, au départ, passait pour la prétentieuse et peste de service au sein des domestiques, avant d'entamer une route bien différente. On éprouvait sans réserve un brin d'antipathie au début, mais on finissait par avoir de la compassion pour ce personnage. Pleine de rêves, Esther finissait par un retour brutal à la réalité, à cause d'une incartade... Heureusement pour elle, Mrs. Hughes faisait preuve de générosité. On éprouvait un avis partagé pour O'Brien, personnage complexe. Dans la première saison, elle était logée à la même enseigne que le malin Thomas et les deux formaient le duo parfait des comploteurs, manipulateurs sans état d'âme. Puis la dame s'est assagie, surtout à cause de l'accident qu'elle avait provoqué et qui avait débouché sur la fausse couche de Lady Grantham. O'Brien est à double tranchant : capable de coups bas sans complexe et d'une loyauté sans faille à présent envers Lady Grantham. On ne peut pas vraiment se fixer sur elle avec certitude. Il y a toujours une zone d'ombre, ce qui n'est pas le cas pour son comparse Thomas. Loin d'avoir changé pendant le combat, le bonhomme est revenu du front aussi égoïste et sans principe qu'avant. J'avais espéré que l'horreur des tranchées l'aurait transformé en homme meilleur, mais non. On ne se refait pas... Thomas n'a pas vraiment connu une évolution positive et palpitante. Ce dernier point laissait un peu plus de place aux personnages qui, contrairement à lui, n'avaient pas pu être exploités dans la saison 1. Mais l'homme connaissait une intrigue que je qualifierai d'ironique et comique à la fin de la saison 2, à savoir s'être fait berner sur les produits du marché noir. D'habitude malin comme un singe, il s'était fait avoir en toute beauté, alors qu'il aurait pu faire preuve de prudence, vu toutes les machinations qu'il a déjà élaborées par le passé... Personnellement, j'ai souri devant sa mésaventure : ce n'est que le juste retour des choses, je pense. On n'échafaude jamais de plans machiavéliques sans en payer le prix un jour...

 

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Du côté des Crawley, les intrigues consacrées à Edith, Sybil, et Robert devenaient bien plus pertinentes que celles réservées à Mary. La relation de cette dernière avec Matthew commençait à tourner en rond. Certes, leur histoire est un point clé de la série. Cependant, jusqu'ici, il s'agit principalement d'un schéma du type : "nous nous aimons", "mais nous nous sommes séparés à cause de la stupidité de l'un d'entre nous", "chacun de nous a refait sa vie, mais nous éprouvons toujours des sentiments pour l'autre", "nous disons que nous aimons notre nouveeau fiancé/nouvelle fiancée, mais ce n'est que pour nous persuader d'un amour qui n'est absolument pas sincère", "la voie se libère par un drame, et nous sommes maudits", etc. Les évènements qui surviennent font de cette histoire une transposition des Feux de l'Amour dans l'Angleterre des années 1910... Mary et Matthew n'en sont pas plus avancés qu'ils ne l'étaient avant la guerre. Toutefois, il faut noter l'ascension en maturité de Mary, bien moins "fille pourrie gâtée de la haute société" que dans la saison 1. Dans la deuxième, elle prend des risques en révélant son secret à Richard, et montre de la générosité en offrant un cadeau à Anna et Bates pour célébrer leur union, et s'occupe de Matthew quand il rentre meurtri du front. De l'autre côté, Sybil se rebellait. Elle bousculait les moeurs et découvrait la notion de travail. Elle acceptait la demande du chauffeur, et amorçait ainsi la mixité sociale. Les deux tourtereaux sont mignons ensemble, mais je crains pour l'avenir de Bronson. Remonté contre l'Angleterre et rêvant d'une nouvelle donne politique, j'ai peur qu'il ne finisse par verser dans la radicalité et s'engager dans un groupe armé extrémiste, notamment avec la situation conflictuelle entre l'Angleterre et l'Irlande à cette époque...

 

Il y a des personnages qui sont d'une humanité incroyable. Je pense notamment à Robert qui manifeste une sincère préoccupation quant aux problèmes (et joies) de ses domestiques. Il ne profite pas de son statut de comte pour faire preuve de tyrannie envers autrui, et c'est ce caractère qui le rend adorable. Certes, son histoire avec la femme de chambre était surprenante bien qu'on sentait que quelque chose se profilait entre les deux. Mais au lieu de tout nier en bloc, il reconnaît sa mauvaise conduite. Il est noble, dans le sens des valeurs, et il offre également des touches d'humour, lorsqu'il se retrouve tout seul à table pour le déjeuner car toutes les femmes de la famille sont prises par des obligations, par exemple... L'autre personnage dans la même trempe est Violet. J'adore cette femme, souvent "old school" destabilisée par les nouvelles modes, technologies ; quelques fois drôle (malgré elle ?) quand elle complote pour écarter la mère de Matthew du domaine ou quand elle pimente de ses commentaires singuliers les discussions ; et généreuse lorsqu'elle se bat pour une cause (par exemple, le mariage de William dont la perte fut un choc car je l'appréciais). Il faut dire que la performance de Maggie Smith y est pour quelque chose, ses mimiques et attitudes sont juste géniales à voir.

 

Il y aurait encore tant de choses à écrire sur cette seconde saison qui a été à la hauteur en termes de qualité. Elle a su mêler des péripéties plus ou moins complexes, émouvantes, drôles, avec la réalité historique dramatique (elle a su montrer le dévouement de tous à l'effort de guerre). Je n'aurai pas beaucoup de reproches à faire, si ce n'est que la série, de temps à autres, présente une intrigue et la conclue sèchement sans lui donner une fin satisfaisante. Ainsi ne sait-on pas ce qu'est devenu Lang, le valet souffrant de stress post traumatique. Il est dommage de ne pas avoir approfondi le sujet : on le voyait en proie à des cauchemars, mais une fois parti, on n'avait plus de nouvelles de lui. Le traitement de ce syndrôme à cette époque aurait été intéressant à étudier et montrer au spectateur. A part cet aspect, Downton Abbey ne fait que devenir enrichissante, et j'ai hâte de découvrir ce que la suite nous réserve.

 

Et vous, qu'en avez-vous pensé ?

 

Sériecalement vôtre,

VK

 

 

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23 sept. 12

DOWNTON ABBEY, SAISON 1

(diff fr)

 

Downton abbey

 

J’ai enfin découvert Downton Abbey, série dont j’avais eu de bons échos, et je n’ai pas été déçue. Downton Abbey est une excellente série, intelligente et sublime par la reconstitution de la Grande-Bretagne du début du XXème siècle.  La première saison ne compte pas beaucoup d’épisodes, c’est vrai, mais en définitive, c’est mieux ainsi. On va à l’essentiel au lieu de se perdre et s’ennuyer dans des intrigues ridicules à interminables rebondissements. Au début, je m’égarais un peu dans cette multiplicité de personnages, surtout pour retenir leurs noms. Finalement, une fois qu’on est habitué, tout va bien. Downton Abbey nous entraîne dans le monde hiérarchisé et codifié de la société anglaise, entre les nobles et les domestiques. Si ces deux mondes s’opposent et ont, à première vue, rien en commun (déjà par leur statut et leurs prérogatives), on se rend bien vite compte que  les apparences sont trompeuses. En réalité, on retrouve les mêmes conflits dans chacun de ces univers : l’envie, la jalousie, les trahisons et autre coups bas… Mais aussi la bonté, l’espoir et le respect… Les sentiments et réactions humains sont communs à tous, quel que soit le rang. Il y a une galerie de personnages tous aussi intéressants les uns que les autres, qui s’apprécient, s’aiment, se détestent, se font la guerre et ont des interactions avec l’autre classe sociale. Cependant, certains se démarquent un peu plus que d’autres. Comme la hautaine et gâtée Mary qui n’éprouve guère de considération pour Edith ; le malin et fourbe Thomas avec sa complice malveillante O’Brien ; le dévoué et minutieux Carson ; ou la comtesse douairière pleine de caractère. Au départ, la série s’ouvre avec le problème de l’héritier, mais en fin de compte, ce n’est pas le sujet principal, mais un sujet utilisé pour amorcer la série. La question de l’héritage est rangée au second plan car on s’intéresse davantage aux histoires qui pimentent la vie des ces protagonistes. J’ai apprécié la reconstitution de l’époque : les costumes et les coutumes, dont certaines nous paraissent tellement ridicules aujourd’hui qu’on en rigolerait alors qu’elles étaient scandaleuses autrefois (comme l’histoire du diplomate turc). J’ai apprécié le fait que pendant cette saison, on n’ait pas eu droit à un florilège d’amours impossibles, contrariés et redondants. La saison pose les bases pour de futures évolutions, les intrigues sont simples (pas rocambolesques) mais intéressantes et efficaces. Je suis tout simplement tombée sous le charme (et à l’heure où je poste cet article, je me régale devant la seconde saison) ! Pour les personnes qui ne l’ont pas encore découverte, je vous conseille vivement Downton Abbey dès ce soir sur TMC…

 

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

 

Sériecalement vôtre,

VK

Posté par VK Serie à 12:37 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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