23 avr. 16

SERIES MANIA S7 : NSU GERMAN HISTORY X

 

NSU

 

"Une vague de crimes racistes a secoué l’Allemagne au début des années 2000. À travers le portrait d’une adolescente désabusée attirée par les idéaux de l’extrême droite, NSU German History X revient sur ces tragiques événements. En trois épisodes aux points de vue complémentaires, la série retrace sur deux décennies la radicalisation d’une certaine jeunesse allemande, après la chute du mur de Berlin. Glaçant." (Résumé Séries Mania)

 

Cette série est particulière par son sujet et sa construction narrative en trois temps, chaque temps représentant cette affaire tragique selon un point de vue différent. NSU est l’acronyme de National Socialism Underground. Le premier épisode relate le cheminement vers la haine de Uwe Mundlos, Uwe Böhnhardt et Beate Zschäpe, trois jeunes adolescents de l’ex Allemagne de l’Est dans les années 90, jusqu’à leur folie meurtrière. Si vous ne le saviez pas, la série est basée sur des faits réels tragiques qui se sont produits en Allemagne dans les années 2000, et connus sous le terme des "meurtres kebabs". Pour résumer rapidement, un groupe de trois extrémistes se sont illustrés par une série d'assassinats de personnes d’origine turque et lorsque l’affaire a été dévoilée, elle a profondément secoué l’Allemagne.

Le seul premier épisode ne permet pas de comprendre à lui seul cette onde de choc et c’est pour cela que la série est constituée de trois parties qui apportent des éclairages complémentaires sur l’affaire. Il faut aussi connaître un peu le contexte de cette affaire pour mieux saisir la série. Pendant longtemps, les autorités étaient persuadées que les victimes avaient été exécutées suite à un règlement de comptes entre groupes criminels. Le choc est arrivé quand on a finalement découvert que les coupables étaient en réalité des membres d’un mouvement néo-nazi qui agissaient dans la clandestinité et qui n’avaient jamais été inquiétés par les autorités. On s’est rendu compte que cette mouvance néo-nazie était beaucoup plus forte et organisée qu’on ne le pensait, et pendant de nombreuses années, ce phénomène avait été complètement sous-estimé (d'où le underground du titre).

 

Dans le cas de NSU German History X, on saisit la gravité de ce phénomène : les trois jeunes de l’est ont évolué dans un groupuscule néo-nazi qui manifestait sa haine au yeux et vu de tous et n’avait pas peur de porter des uniformes de cette époque sombre. Quant aux adultes, ils étaient complètement largués. L’équipe venue présenter la série l’a d’ailleurs bien expliqué cet abandon par les adultes et cette radicalisation des jeunes : à la suite de la chute du mur, beaucoup d’habitants de l’Est ont perdu subitement leur travail et ont dû faire face à une nouvelle situation qu’ils ne maîtrisaient plus. Beaucoup de jeunes ont assisté à la déchéance de leurs parents et se sont retrouvés confrontés à eux-mêmes. Ils étaient donc une cible idéale pour l'endoctrinement. L’équipe a parlé d’une génération perdue, désabusée, qui, sans repères, a vu certains de ses membres se réfugier dans les valeurs néo-nazies. Et on a laissé faire… La série essaie ainsi de s’interroger sur cette génération perdue et sur les raisons qui ont fait que ces mouvements d’extrême droite ont pu croître dans l’ombre.

La série montre aussi l'amie de Beate qui, contrairement à elle, refuse ce fanatisme. On la voit pendant peu de scènes, mais elles sont suffisantes pour saisir le drame de cette jeunesse et d'une amitié perdue.

Du côté de la réalisation, j’ai eu un peu de mal à accrocher au rythme saccadé du premier volet, similaire au style documentaire, qui capte des moments de vie normale et du cheminement de ces jeunes vers la haine. Néanmoins, je pense que c’était la meilleure façon d’aborder la réalisation, au vu de la gravité du propos et du but recherché. On ressent un malaise certain vis-à-vis de ces évènements : comment des enfants ordinaires ont-ils pu basculer dans une telle haine ?, un malaise face à leurs propos sur l'Holocoste, leur violence. Les acteurs qui ont endossé ces rôles sont fascinants : Albrecht Schuch, Uwe Mundlos ; Sebastian Urzendowsky, Uwe Böhnhardt ; et Anna Maria Mühe, Beate. Un premier épisode glaçant comme le dit si bien le résumé de Séries Mania.

 

NSU 2

 

Echanges avec l’équipe de la série :

Sont venus Thomas Wendrich, le créateur ; Gabriela Sperl, la productrice ; et Sebastian Urzendowsky (Uwe Böhnhardt). Ils ont partagé avec le public que la série avait pour objectif de s’intéresser à la génération perdue, à travers l’affaire des "meurtres kebabs". Bien que la série rappelle à plusieurs reprises que certains passages/évènements peuvent ne pas correspondre totalement aux faits tels qu’ils se sont produits, elle cherche à comprendre les racines et conséquences des actions des différents protagonistes. Thomas Wendrich s’est volontiers reconnu comme faisant partie de cette génération perdue, mais heureusement, il a fait des choix différents de ceux des tueurs.

Le deuxième volet de la série est centré sur la famille des victimes, tandis que le troisième, sur les inspecteurs en charge de l’affaire.

La série a été écrite entre 2011 et 2012, et tournée en 2015.

Le créateur connaissait Sebastian Urzendowsky d’un ancien projet, et ne l’imaginait pas du tout incarner une personne telle que Uwe Böhnhardt. Il a changé d’avis après avoir vu son interprétation dans un autre film.

La productrice aurait souhaité que les trois épisodes soient diffusés en Allemagne les uns à la suite des autres pour permettre aux spectateurs de ne pas perdre le fil de l’histoire. L’argument fait sens, mais je pense que le public aurait du mal à tenir car rien que le premier volet dure 1h30 !

 

Si la série était diffusée en France ?

Qui dit œuvre allemande dit Arte, donc oui, c’est la première option la plus naturelle. Toutefois, la série peut être un parfait complément à un débat, son sujet étant d’actualité. Pour cela, je pense aux soirées proposées par France 2 autour d’un thème, dont la diffusion d’une fiction se prolonge d’un débat. A la différence qu’ici, il s’agit d’une production allemande et non française. On aurait trois parties qui pourraient être suivies d’un débat avec un sujet précis : la radicalisation des jeunes pour le premier volet, l'enfer vécu par les proches de victimes de crimes pour le second volet, et les obstacles auxquels se heurtent la police ainsi que les difficultés de communication entre services pour le dernier volet.

Je pense également à LCP. Pas vraiment orientée série, certes, mais la chaîne décrypte les sujets politiques nationaux et internationaux. Les mouvements extrêmistes et leur stratégie d'endoctrinement, ainsi que les moyens de lutte contre ces derniers correspondent à cette ligne.

 

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Sériecalement vôtre


22 avr. 16

SERIES MANIA S7 : ENNEMI PUBLIC

 

Ennemi Public

 

Libéré après 20 ans de réclusion, le tueur d’enfants Guy Béranger trouve refuge auprès des moines de Vielsart, un petit village des Ardennes. Il est placé sous la protection d’une inspectrice de la police fédérale. Quelques jours après, une fillette disparaît. Un polar oppressant, inspiré de faits divers ayant traumatisé la Belgique." (Résumé Séries Mania)

 

J’ai été agréablement surprise par cette série angoissante, sombre, qui joue avec nos nerfs. Le cadre est parfait pour une telle histoire : un village entouré d'une forêt aussi magnifique que terrifiante, les habitants y vivent en vase clos et deviennent les cibles/victimes de tout dérapage/méfiance quand un drame se produit.

Ennemi Public m'a rappelé, dans une certaine mesure, de Broadchurch. Pour le côté "Qui a tué Danny ?" car ici, on a également : le meurtre d’un enfant dont le corps a été retrouvé dans un endroit censé être un lieu de refuge, de réconfort ; le drame se déroule au sein d’une petite communauté, donc on anticipe qu’il ébranlera cette communauté à première vue soudée et sans histoires et fera jaillir des secrets inavouables, des tensions et de la suspicion des uns envers les autres. Ajoutez à cela la présence d’un tueur d’enfants aux penchants sataniques et toutes les tensions sont exacerbées (l'interprète du tueur est saisissant dans son rôle). Une scène m’a fait rapidement penser au film "Prisoners" (avec Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal). Il s’agit de celle où la policière poursuit le suspect lorsqu’il vient se "recueillir" avec les autres habitants sur les lieux du drame.

 

Du côté des personnages, on retrouve les classiques : une policière hantée par un traumatisme, un homme d'affaire ambitieux dont le projet de développement économique se retrouve menacé par l’arrivée du tueur d’enfants et la découverte du corps de la nouvelle victime, un policier de campagne dont le calme routinier vole en éclats, un tueur d’enfants satanique et pervers narcissique capable d’une intelligence et d’un calme redoutables, un homme avec un casier judiciaire non vierge, donc second suspect idéal, et des villageois et moines qui s’entredéchirent au premier obstacle.

La série se démarque par le fait qu’ici, le tueur vient passer sa conditionnelle dans un monastère pour commencer son noviciat. Est-ce sincère ? Un tel être peut-il vraiment être sauvé ? Comment vivre à proximité d’une telle personne ? Et en tant que religieux, peut-on concilier sa foi avec une telle personnalité ?

Les deux premiers épisodes donnent envie de connaître la suite car le rythme n'est ni trop lent ni trop rapide, les éléments s'installent au moment opportun et maintiennent le spectateur en éveil sans le brusquer et l'ennuyer.

 

NB : On remarquera la présence de Clément Manuel dans le rôle d'un religieux, une fois de plus après Ainsi soient-ils ;-). Décidement, cet acteur enchaîne les rôles dans les séries (avec Falco), et c'est sympathique de le revoir.


Le saviez-vous ?

Le projet d’Ennemi Public a remporté le concours de scénario organisé par la RTBF en association avec la Fédération Wallonie-Bruxelles et c’est ainsi que la série a vu le jour. Pour le point de départ de la série, les auteurs se sont inspirés de l’histoire de Michelle Martin, ex-femme du meurtrier pédophile Marc Dutroux, qui après avoir obtenu la liberté conditionnelle au terme de la moitié de sa peine, s’est installée dans un couvent, dans la région de Namur. La série a disposé d'un budget de 300 mille euros par épisode.

 

Si la série était diffusée en France ?

Je dirai sans hésiter qu’Arte, France 2 ou France 3 seraient les candidates idéales en ce qui concerne les chaînes nationales/gratuites. Arte : parce qu’elle a déjà proposé des séries sombres, angoissantes (notamment bien illustrées par les séries scandinaves). France 2 et France 3 : parce qu’elles sont capables d’inviter leurs téléspectateurs à sortir des sentiers battus avec Broadchurch ou The Missing, par exemple. Une diffusion le lundi soir pour France 2 ou le jeudi soir pour France 3 serait tout à fait envisageable. Je pense également à 13ème Rue, spécialisée dans le policier et les thrillers, et ici, on a tous les éléments nécessaires : un homicide, une enquête, une pléthore de suspects potentiels, un meurtrier en série qui, je pense, appréciera défier les autorités et habitants, et un cadre géographique à la fois paisible et oppressant... 

 

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Sériecalement vôtre,

19 avr. 16

SERIES MANIA S7 : FOUR SEASONS IN HAVANA

 

Havana

 

"Cuba, dans les années 90 ("période spéciale"). Conde, lieutenant de police mélancolique et désabusé, enquête sur l’assassinat d’une jeune professeure de lycée, militante de la Jeunesse communiste. Une série fidèle au roman noir de Padura, pour goûter l’atmosphère du pays et lever le voile sur les contradictions de la société cubaine." (Résumé Séries Mania)

 

Les deux épisodes diffusés lors du festival sont tirés du livre Vents de Carême (1994), deuxième volet du cycle des Quatre Saisons de Leonardo Padura. Ces épisodes relèvent de l’enquête policière classique. Il y a un meurtre, les policiers alternent entre différentes pistes et finalement, le coupable et le mobile restent classiques. A côté de l’enquête, on suit le personnage principal, Conde, dans ses mésaventures existentielles. Rien qui révolutionne le genre, donc. Ce qui est le plus intéressant, pour un spectateur européen, c’est le cadre géographique dans lequel se déroule l’histoire, à savoir La Havane. La série nous propose un voyage authentique dans la ville et la société cubaine que l’on n’a pas l’habitude de voir en série ou film, que l’on ne connaît pas sauf si on s’y est déjà rendu pour les vacances. Autre argument : la série est une bonne occasion de se familiariser avec la littérature de Padura, d’ailleurs, l’auteur a contribué activement à l’écriture de la série. Une série agréable à suivre pour la découverte de nouveaux horizons et un personnage principal attachant.

 

Le saviez-vous ?

Jorge Perugorría, qui interprète Conde, est lui-même originaire de la Havane et un acteur connu dans son pays. Il a notamment joué dans le film Fraise et Chocolat (1993) qui fut nominé aux Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger.

 

Si la série était diffusée en France ?

Ma première réaction fut de penser à France Ô, à cause de Cuba, destination lointaine et insulaire, avant de me rappeler subitement que France Ô célèbre l’Outre-Mer. Choix pas très logique de ma part, donc, mais si jamais une entorse était envisageable… Sinon, option plus probable : la SVOD. 

 

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Sériecalement vôtre,

 

04 juin 15

SERIES MANIA S6 : EMPIRE

 

J’ai profité de Séries Mania pour revoir le pilote d’Empire, dont vous pouvez lire ma review ici, et découvrir son deuxième épisode, lors de la séance du 19 avril. Cette projection fut suivie d’une interview de Lee Daniels par Pierre Langlais, et agréable surprise, Taraji P. Henson, l’interprète de Cookie, a rejoint la scène au milieu des échanges !

 

Lee Daniels & Taraji P. Henson

 

Quelques mots sur le second épisode :

Franchement, j’ai passé un super moment. Toujours aussi drôle, avec une Cookie toujours en forme (son lancer de chaussure était décapant) et d’autres personnages originaux (la secrétaire de Cookie). On continue ce qu’on a commencé dans le premier épisode : Lucious tente de lancer Hakeem sur le devant de la scène, et évidemment, ce dernier, par son attitude irresponsable, ne lui facilite pas les choses. Cookie essaye de faire de même avec Jamal, encore trop modeste au point de se faire marcher dessus. Pour apporter de nouveaux contenus, l’épisode se conclue sur une sorte de cliffhanger, où l’on sent qu’il va y avoir des complications pour les plans de certaines personnes. J’ai bien aimé et je commence à comprendre les raisons du succès de cette série aux Etats-Unis, passée de 9 millions de téléspectateurs au début de la saison 1 à 16/17 millions en fin de saison. Jusqu’ici, les histoires sont intéressantes, nous parlent, nous décrochent des rires. C’est plus les situations légères, cocasses qui priment.

 

L’interview avec Lee Daniels et Taraji P. Henson :

Ces deux personnes nous ont donné un super moment de partage et de rires. Ci-dessous les points abordés :

— Lee Daniels a débuté comme casting director pour Warner, il était en charge des minorités. Il a quitté ce poste car en réalité, il y avait très peu d’opportunités pour les acteurs noirs. Quand plus tard, pendant les échanges, on a abordé les questions raciales (sur les changements que pourraient provoquer son succès et celui de Shonda Rhimes), il a répondu gentiment qu’il était fatigué d’être confronté aux questions sur ce sujet = on ne doit pas réduire ses œuvres et celles des autres artistes noirs aux questions de races.

— A travers ses histoires, Daniels s’intéresse à la condition humaine. Il veut donner une voix et un visage aux personnes qu’on ne voit et n’entend pas, présenter des personnages qui ont des failles. Sans toutefois faire culpabiliser le spectateur : malgré les thèmes abordés très durs, comme dans ses films Le Majordome, Precious, l’humour est toujours présent.

— Les histoires de Daniels sont basées sur des situations réellement vécues. Par exemple, dans le 1er épisode, Cookie frappe Hakeem avec un balai : Lee Daniels a véritablement vécu cette scène, punition de sa mère. En réaction, il a appelé la police, et lorsqu’elle arrivée, sa mère a conseillé aux agents d’amener un sac mortuaire au prochain appel !

 

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— Lee a préféré faire d’Empire une série TV car la télévision est plus accessible. Il voulait que ceux qui parmi son entourage ne le pouvaient pas autrement que par la TV puisse suivre Empire, notamment ses proches qui sont en prison.

— Lee Daniels aurait pu parler de Broadway dans la série, mais pour lui, c’était la voie facile (le cliché gay & Broadway), c’est pourquoi il a préféré le hip hop. Il a centré Empire sur une famille Afro-américaine puissante pour rompre avec l’image persistante de l’Afro-américain pauvre.

— Le passage où Hakeem insulte publiquement Barack Obama (2nd épisode) n’est pas une critique sur l’homme politique et son administration. Daniels souhaitait montrer qu’aujourd’hui, beaucoup d’enfants Afro-américains grandissent dans un monde privilégié, i.e, moins difficile que celui de leurs aïeux, et ne se rendent plus compte du combat qu’ont mené les générations d’avant. Taraji a raconté une anecdote pour illustrer ce fait : elle a pleuré à chaudes larmes lorsqu’elle a appris l’élection d’Obama à la Maison Blanche, et quand elle a voulu partager sa vive émotion avec son fils (si ma mémoire est bonne), ce dernier n’a pas du tout compris la réaction de sa mère. Pour lui, un président noir n’avait rien d’exceptionnel.

— Alors qu’elle n’avait pas encore été castée pour Empire, Taraji a soumis à Lee l’idée de prendre Terrence Howard, Lucious dans la série. Au départ, Wesley Snipes était pressenti pour ce rôle.

— Dans la saison 2 d’Empire sera expliquée la façon dont Cookie a fini en prison.

 

— Une question sur la différence en termes d’interprétation entre Person Of Interest, où Henson jouait le lieutenant Carter, et Empire a été posée. Pour Taraji, Person Of Interest était plus structurée : le jeu devait rester cohérent avec le ton de la série ; tandis qu’avec Empire, les acteurs ont plus d’espace pour proposer leurs apports.

— Daniels et Henson travaillent de nouveau ensemble sur un projet de long-métrage avec Eddie Murphy.

 

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Sériecalement vôtre,

VK 

11 mai 15

SERIES MANIA S6 : WEB SERIES

 

En cette sixième saison du festival, Ex-Model a été sacrée meilleure web série. J’en suis contente car j’ai eu un coup de cœur pour elle, lors de sa projection (le 24 avril). Invitée par Canalplay, je me suis laissée guider par ma curiosité pour les web séries, genre dont je ne suis pas très familière (ah, série, quand tu nous tiens…). J’ai pu découvrir plusieurs d’entre elles lors de la séance : Ex-Model, donc, Neffy, L’équipe, Haphead, Sanfranland, Thomas et Thomas s’en vont au Groenland, Umm Abdo Al-Halabiya (liste non exhaustive car je suis arrivée un peu en retard). Certaines d’entre elles sont disponibles sur Canalplay.

 

Equipe Umm Abdo Al-Halabiya

 

Présentation de ces web séries :

Les résumés, en italique, sont issus du site Séries Mania. La suite provient des échanges avec le public après la projection, avec les équipes de Thomas et Thomas, Ex-Model et Umn Abdo Al-Halabiya.

Neffy :

« Immigrée nigérienne, Neffy habite depuis trois ans à Nottingham et mène une vie solitaire. Ses journées sont partagées entre son travail dans les toilettes d’une boîte de nuit et des longues heures de désœuvrement. Elle ne croit plus à nouveau départ : après avoir quitté son pays natal pour de mystérieuses raisons, ses espoirs se sont mués en une muette résignation. C’est alors que son chemin croise celui d’Allie, la fille de son insupportable voisine. Leurs secrets respectifs vont les rapprocher… Une chronique sociale et une histoire d’amitié dans la tradition du cinéma britannique engagé. »

Umm Abdo Al-Halabiya :

« Tournée à Alep entre novembre 2013 et juin 2014, "Umm Abdo" est une série syrienne dont le personnage principal est une mère de famille… interprétée par une petite fille de treize ans ! Vivant dans les quartiers contrôlés par l’opposition au régime officiel, l’héroïne tente tant bien que mal de continuer à gérer son foyer en dépit du contexte politique. Un feuilleton Youtube militant, drôle et surprenant sur un pays divisé par la guerre. »

Dans cette web série, des enfants interprètent des personnages adultes. Ce choix de la production a été critiquée. Elle a été accusée de manque d’éthique, d’utiliser des enfants pour gagner en célébrité. En fait, lors du casting, étant donné les conditions de tournage rudes, peu de femmes ont souhaité jouer dans la série. Comme des enfants voulaient participer, la production a choisi de les prendre et de les faire interpréter des personnages adultes. Au-delà de la raison pratique, la production souhaitait montrer la réalité d’enfants vivant dans une zone de conflit.

Thomas et Thomas s’en vont au Groenland :

« Thomas et Thomas sont deux amis trentenaires qui doivent partir au Groenland, dans le village de Kullorsuaq. Ils vont retrouver le père de Thomas B ainsi que leurs amis inuit Ole et Adam. Une comédie coréalisée par Hugo Jouxtel et Sébastien Betbeder (2 automnes, 3 hivers) dans le cadre d’un grand projet transmédia construit autour d’un site internet et comprenant également deux moyens métrages sortis en salles le 25 février : "Le film que nous tournerons au Groenland" et "Inupiluk". »

Cette web série se divise en deux parties égales de cinq épisodes chacune : la première moitié centrée sur la préparation du voyage, la seconde se déroulant au Groenland. La web série constitue un complément hors champ de ce que l’on verra dans le film en préparation.

 

Equipe Ex-Model

 

Ex-Model :

« Xin Xin, mannequin d’origine chinoise vivant à Paris, découvre soudainement qu’elle est trop vieille pour travailler alors qu’elle n’a même pas trente ans. Paniquée à l’idée de se reconvertir, elle s’essaye à divers métiers qui l’empêcheront de finir pauvre ou pire… dans l’anonymat ! Sur le chemin de sa nouvelle vie, Xin Xin va faire face aux dures réalités : payer pour aller au restaurant, ne plus être invitée en soirée, se lever tôt, prendre du poids, avoir des rides… Bref, être une femme normale. Une comédie chinoise qui décrit de façon décapante le milieu de la mode. »

La web série compte déjà deux saisons. Elle a été diffusée sur Youku, le youtube chinois et coproducteur de la série,  et a rencontré un immense succès : 80 millions de vues ! Elle a été tournée à Paris, Pékin et dans la ville natale de l’actrice principale Xin Wang. Au départ, la web série était prévue sur le mannequinat, mais la production était plus intéressée par la vie après mannequinat.

Sanfranland :

« Sanfranland fait la chronique des vies légèrement borderline de trois copines pré-trentenaires. Les plans de Bobbi pour une vie rangée explosent soudain quand elle découvre son fiancé au lit avec une dominatrice. Encouragée à se joindre à ses deux meilleures amies à San Francisco, elle laisse sa petite ville de Géorgie pour emménager dans un tout nouvel environnement. Les trois héroïnes vivent alors au gré de leurs aventures nocturnes et de leurs soirées, et Bobbi commence à découvrir ce qu’elle désire vraiment. »

L’Equipe :

« Paris 2015, le lieutenant Maxime Mougeot a été choisi pour infiltrer une organisation criminelle appelée : "L’ E.Q.U.I.P.E.". Derrière ce vaste réseau mafieux se cache une puissante secte aux origines mystiques, comptant des adeptes dans tous les milieux sociaux, y compris dans le gouvernement… Une web-série musclée, entre Braquo et Mafiosa. »

Haphead :

« "Haphead" est une web-série canadienne racontant l’histoire d’une fille sous l’emprise totale des jeux vidéo. En 2025, les jeux sont tellement immersifs que les adolescents acquièrent leurs compétences en jouant. Maxine découvre ainsi que son jeu préféré agit directement sur sa mémoire musculaire et peut la punir selon le niveau de ses performances… Un récit d’aventures dans un monde dystopique aux accents cyberpunks. »

 

Equipe Thomas & Thomas

 

Mon avis ?

J’ai clairement été plus attirée par les web séries sur le ton de l’humour : Thomas et Thomas, Sanfranland, et Ex-Model que j’ai beaucoup aimé. Quand il s’agit de séries TV, c’est plutôt l’inverse : en général, je préfère les drama que les comédies (celles de 26 min). Dans ce cas, je pense que j’ai aimé parce qu’on comprenait vite et efficacement le sujet de l’histoire. Les deux Thomas préparent leur voyage au Groenland. Ex-Model : ce sont les tribulations d’un ex mannequin, ex gloire, qui essaie de s’en sortir dans sa nouvelle vie normale. Sanrfanland : c’est l’histoire d’une jeune femme trompée par son fiancé qui retrouve ses amies délurées à San Francisco et évidemment, cette équipe va faire des étincelles.

 

 

Ex-Model est celle qui se démarque du lot, à mes yeux. Question de goût et de couleur. Parce qu’elle traite du revers de la médaille de la mode : quand on est mannequin, c’est beauté, gloire, paillettes ; quand on ne l’est plus (assez rapidement car les carrières ne sont pas très longues), et bien… c’est la « déchéance ». Ex-Model montre cette vie-là, au travers d’un personnage qui, dans la 2nde saison (diffusée lors du festival), prend avec décalage, détachement sa nouvelle condition. Elle vit des situations cocasses (voire humiliantes^^), elle se moque d’elle-même et avance, trouve de nouveaux plans (plus ou moins foireux) pour gagner sa vie. La réalisation, l’écriture jouent beaucoup au charme de la web série. L’héroïne nous confie en voix off ses déboires, ses commentaires ; les situations s’enchaînent, on ne s’ennuie pas ; les idées fusent et sont originales (j’adore le « chow chow panda », cette race de chien est trop chou !!). J’espère qu’elle pourra être diffusée en France !

Sanfranland est drôle aussi, mais disons que son thème me paraît moins frais. Si les situations peuvent se réinventer, c’est un peu la même chanson : la jeune femme va se remettre en question, entre virées folles, pyjama partys avec ses copines, et sûrement des garçons vont s’immiscer dans cette affaire… Un genre de Sex and the City sous le soleil de Californie et plus soft…

 

J’ai eu un peu de mal à me plonger dans d’autres web séries. L’absence des sous-titres, bien que je me débrouille en anglais, a peut-être joué. De même la succession des sujets les uns à la suite des autres sans pause n’était peut-être pas une condition idéale pour bien s’imprégner de chaque projet. Pour L’Equipe, d’habitude, je suis fan du policier/espionnage/organisation criminelle, mais là, j’ai moins accroché. Des situations/personnages prévisibles ? comme la tueuse professionnelle sexy, le flic infiltré et son rite de passage ? J’aurai plus vu un tel thème traité dans un format plus long, pour développer les protagonistes et évènements. Pour Haphead, même si j’avais compris que les jeux vidéo étaient au cœur de l’histoire, au début, j’ai cru que la société était divisée en plusieurs castes, notamment à cause du tatouage du père, « outcast ». Donc oui, cette fois-ci, l’humour m’a davantage captivée. En ce qui concerne Neffy, elle joue sur un autre registre : poignante, chronique sociale, rencontre entre deux êtres résignés, perdus. Elle est plus dure et relate une réalité qui émeut.

Les web séries se défendent bien. Elles proposent des sujets intéressants et variés. Elles ont l’avantage d’être courtes. Un genre prometteur !

 

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Et vous, qu'en avez-vous pensé ?

Sériecalement vôtre,
VK

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26 avr. 15

SERIES MANIA S6 : TELLUS

avec spoilers

 

Le dimanche 19 avril 2015, Séries Mania présentait les deux premiers épisodes de la série Tellus, puis proposait une séance de questions/réponses avec son créateur, réalisateur et scénariste Jukka-Pekka Siili, communément appelé JP. Cette série finlandaise suit les actions d’un groupe de jeunes éco-saboteurs, répondant au nom de Tellus (terre mère en latin). Ils frappent depuis plusieurs années les installations des organisations non respectueuses de l’environnement, jusqu’au jour où l’une de leurs interventions fait une victime. Leurs actions font l’objet d’une enquête policière. La saison 1 compte 6 épisodes, elle a été diffusée en novembre-décembre 2014. La saison 2 en comptera 12, son écriture est en cours de finalisation et sa production commencera en janvier 2016. Tellus est un coproduction finlandaise, suédoise, norvégienne et allemande.

 

La série aborde un thème intéressant, d’actualité et important : l’environnement, par le biais de l’éco-terrorisme. Pendant les échanges avec Siili, un spectateur considérait cette question non prioritaire par rapport à la montée de l’extrémisme religieux, pour ne citer que cet exemple. Avis auquel Siili a répondu qu’au contraire, les questions sur l’environnement sont essentielles. Si on n’agit pas aujourd’hui pour préserver la Terre, la situation sera catastrophique pour les générations futures. Je rejoins tout à fait cette réponse. Je suis persuadée que si l’homme continue à piller les ressources de la terre pour le profit et le confort immédiat, sans penser aux conséquences, un jour ou l’autre, la nature se retournera contre lui. On fore à 3000 mètres de profondeur sous la mer parce qu’il y a d’incroyables ressources. On détruit le riche écosystème qui y vit depuis des millénaires. Et après, on s’émeut que des espèces animales disparaissent, que les fonds marins en ressortent ravagés. Et on fera quoi, quand il n’y aura plus de ressources parce que la Terre aura été vidée sans ménagement ? On pollue, et après, on s’émeut du réchauffement climatique et de la fonte des glaces. On détruit notre habitation et après, on se demande ce que l’on va faire… Je parais assez critique, c’est vrai. Je ne nie pas non plus l’amélioration des conditions de vie permise par ces ressources, mais il faudra bien se poser la question un jour.

 

Jukka-Pekka

 

Bref, revenons à la série. Elle a l’avantage de s’aventurer dans un thème peu représenté à la télévision (en fiction), et de montrer des personnages qui détruisent les installations des entreprises qui, selon eux, sont des ennemis de l’environnement. JP a choisi de raconter cette histoire après avoir réalisé qu’il ne s’était jamais intéressé à ces questions. La série est devenue sa façon d’apporter sa contribution. En cette diffusion à Séries Mania, il était ravi de rencontrer un public plus nombreux : en effet, il était venu présenter un projet à Shanghai quelques années auparavant, et dans la salle, il n’y avait que… 12 personnes… Il s’est intéressé à un groupe qui a décidé de réagir, en franchissant la ligne jaune, et a avoué qu’il comprenait les personnes qui le faisaient dans la vie réelle. JP a choisi le format policier (les actions de Tellus sont suivies par les policiers) afin que l’histoire parle au plus grand nombre.

 

L’histoire n’est pas mal, même si je n’ai pas eu un coup de cœur pour cette série. Question de feeling. La froideur et la distance règnent dans cette série, notamment au niveau des personnages qui font partie du groupe d’éco-saboteurs. Ils sont solitaires, mènent une vie ascétique, à l’image de l’héroïne principale, Eevi. Celle-ci ne fréquente personne. Lors de prises de décision, elle imagine des discussions avec des personnes de son entourage (dont sa mère défunte) qui l’aident à arrêter un choix. Elle ne fréquente personne, enfin, jusqu’au jour où elle rencontre Alex, le leader d’une association écologique modérée, qui se contente de manifestations. Elle voudrait aller plus loin, mais cette relation ne ferait que l’éloigner de son objectif. On sent qu’au fur et à mesure des épisodes, il va y avoir une confrontation entre ces deux points. Eevi pourra-t-elle mener une double vie ? Va-t-elle arrêter ses actions par amour ? De son côté, Alex a des liens étroits avec le policier chargé d’enquêter sur les actions de Tellus. Les membres de Tellus se soutiennent afin qu’aucun ne sombre. Là encore, il y a une sorte de distance entre eux. Même si on les voit « décompresser » ensemble, ce n’est pas non plus ambiance colonie de vacances. La distance et la rigueur sont les conditions nécessaires à la réussite de leur projet et leur sauvegarde. Ils se sont fixés une mission et restent concentrés pour ne pas s’en détourner, quitte à vivre comme des fantômes et à tout sacrifier. D'ailleurs, à plusieurs reprises, Eevi justifie (en voix off) ce choix de vie.

De l’autre côté, on a un policier, Taneli Lokka, dont la mission est d’arrêter Tellus. Il ne ressemble pas à l’image traditionnelle du flic que l’on peut voir dans une fiction, comme l'a fait remarquer une spectatrice après la projection. Il est vieillissant et handicapé de surcroît ! Il sort en effet d’une convalescence suite à un AVC qui l’a privé de son œil droit. Pas du tout le jeune homme en plein force de l’âge et beau gosse… Lui aussi se soucie de l’environnement, du gaspillage. J’ai adoré ses colères face à ses enfants qui ne respectent rien du tout : que je jette la moitié de mon assiette par-ci, que je ne trie pas les poubelles par-là… Lui aussi semble solitaire, dans un sens : ses relations avec celle qui l’a remplacé pendant son congé sont très neutres, minimum syndical^^.

 

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Les deux épisodes ont aussi leurs défauts. J’ai eu du mal à tisser un lien avec les personnages, à cause de ce sentiment d’éloignement, de l’ambiance polaire. Les éco-terroristes ne sont pas vraiment chaleureux et extravertis, mais c’est cohérent avec leur ligne de conduite. Alex m’a peut-être été plus abordable. Le rythme a du mal à s’intensifier, bien que certains éléments donnent envie d’en savoir plus. Le groupe va-t-il aller beaucoup plus loin dans son action ? Après la victime accidentelle, les membres réfléchissent à frapper plus fort, mais décident de conserver pour l’instant leur méthodologie de destruction matérielle. Le membre que Lokka va interroger va-t-il craquer ? Quelles motivations ont poussé ses membres à agir de la sorte ? Leur mode de vie va-t-il peser sur eux ? etc. Aussi, la musique est parfois de trop dans plusieurs scènes.

 

Je souligne encore une fois l’intérêt du sujet qui, hélas, n’a pas eu de retentissement auprès du public finlandais après la diffusion de la saison 1 même si elle a été bien accueillie. Comme l’a expliqué Siili, ce sujet ne fait pas partie des priorités pour les politiques. Notamment en cette récente période d’élections parlementaires qui ont eu lieu dans son pays : les questions économiques et de politique étrangère ont été mises au cœur des discours. Par ailleurs, la désobéissance civile n’est pas autant répandue dans les pays nordiques. Si Tellus devait passer en France, ce serait mission à accepter pour Arte, c’est évident. Ou alors, sur une chaîne diffusant déjà des documentaires orientés univers, nature, mais serai-t-elle enclin à faire de la place à ce genre ?

 

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25 avr. 15

SERIES MANIA S6 : GALLIPOLI

avec spoilers

 

gallipoli 1

 

Le samedi 18 avril 2015, je me suis rendue à la projection des deux premiers épisodes de la série australienne Gallipoli. Son synopsis ? Lors de la première guerre mondiale, le jeune Tolly et son frère Bevan s’engagent pour combattre dans les troupes de l’empire britannique. Avec de nombreux australiens (et néo-zélandais et anglais), ils sont envoyés à Gallipoli, dans l’actuelle Turquie, pour contrer l’empire ottoman, alors allié de l’Allemagne.

 

A la base, c’est une série de guerre, un peu dans la veine des Band of Brothers, Generation War, la série française diffusée par France 3 il y a peu (vraiment désolée, son titre m’échappe…), et autres fictions de divers pays qui existeraient. Des séries qui ne traitent pas des mêmes conflits, mais qui présentent l’enfer vécu par des milliers d’hommes lors des deux évènements majeurs, dramatiques et à résonnance mondiale du XXème siècle. En elle-même, Gallipoli n’est qu’une « énième » histoire de guerre. Ce qu’elle a de particulier, c’est qu’elle présente le point de vue des australiens et qu’elle se focalise sur un épisode de la guerre qui n’est pas forcément connu de tous. A commencer par moi (cet article ne servira pas à grand-chose pour les plus experts^^). De mes vieux cours d’histoire, je savais qu’il y avait eu la bataille des Dardanelles, en Turquie. Sans rappels, je ne saurai vous en dire plus. Alors Gallipoli, ça ne me disait rien du tout.
Au cinéma, vous pouvez regarder La promesse d’une vie (qui entre nous, fait plus titre de film romantique à l’eau de rose que drame), avec Russell Crowe, qui a en toile de fond la bataille des Dardanelles, aussi nommée campagne de Gallipoli.

Quelques recherches et explications avant la projection des épisodes (puis après) nous font réaliser le traumatisme de cette campagne sur l’Australie : les Dardanelles fut rude et longue, et se solda par une déroute pour les pays engagés contre les ottomans et les allemands. Pour l’Australie (et la Nouvelle Zélande), Gallipoli a été un évènement fondateur de son identité nationale, jusqu’alors sous le joug de l’empire britannique. Le jour du débarquement sur Gallipoli, le 25 avril, est une date de commémoration majeure en Australie (idem en Nouvelle Zélande). Elle surpasse même le 11 novembre ! D’ailleurs, la saison 1 de la série avait été mise en téléchargement légal quelques jours avant sa diffusion à la télévision. Dès ce stade, elle a eu un succès énorme. La bataille a également forgé l’identité turque.

 

gallipoli 2

 

Quid du contenu de la série ? Je ne pourrai parler que pour le pilote, ayant dû écourter ma projection pour ne pas me retrouver à la fin de la longue file d’attente de la séance Empire avec l’interview de Lee Daniels, son créateur (article à paraître prochainement). Le pilote alterne entre séquences de guerre et souvenirs de la vie paisible d’avant. Le spectateur suit des jeunes hommes, engagés dans un conflit dont ils ignoraient la violence, la portée, dans un pays qu’ils ne connaissaient que de nom (et encore…). Il n’y a rien de « palpitant » dans l’épisode. Ce n’est pas, par exemple, des tableaux majestueux (artistiquement, mais reflétant la réalité) de combats tels que ceux représentés dans Band of Brothers. C’est l’histoire de types ordinaires devenus soldats qui débarquent puis avancent sur une colline, rencontrent des soldats turcs, se font refouler, puis contre attaquent et gagnent du terrain, avant d’être à nouveau repoussés par l’ennemi. Entretemps, un grand nombre tombe sous les balles. En parallèle, l’état-major discute des actions à mener, et semble parfois tout aussi désorienté que les troupes sur les collines.

On ressent tout à fait l’absurdité de la guerre. Les soldats grimpent sur une colline, avancent de quelques mètres au prix de lourdes pertes. Ils continuent en espérant des renforts, qui viennent au compte-goutte et peu nombreux. Ils se perdent en cours de route. Ils passent des heures à errer dans un paysage, presque sans but, et rien ne se produit à part des morts et des valses j’avance-je tire-je recule-je tire-j’avance. On est choqué également par le décalage entre ce que les soldats vivent et le train de vie des officiers supérieurs, qui semblent s’être enfermés dans une bulle spatio-temporelle digne de la haute société britannique : dîners en uniforme de cérémonie, dans des paquebots au décor 1ère classe du Titanic. On sent en outre le sentiment de confusion parmi les différentes strates : les soldats : que faut-il faire ?; les officiers : où en est-on ? (mauvais relai de l’information), que décider ?.

Le point de vue ottoman est moins représenté, c’est plutôt logique si la production est australienne et qu’elle montre le camp britannique. Toutefois, il y a bien quelques scènes. Celles-ci montrent la détermination de l’ennemi de l’époque, l’influence des officiers sur leurs hommes, les poussant à se battre jusqu’à la mort. Au premier abord, cela ressemble presqu’à du fanatisme et rappelle la mentalité des forces japonaises de la seconde guerre mondiale. Comparaison à prendre avec des pincettes, évidemment : ce n’est qu’une impression que j’ai eue quand j’ai vu l’épisode. A étayer avec plus de documentation. C’est ma lecture de Mémoires de nos pères (James Bradley, à lire si vous êtes intéressé(e) par la bataille du Pacifique WWII) qui m’a fait penser à ce rapide rapprochement.

 

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L’arrière se manifeste par de courts flashbacks. Au-delà de leur objectif de proposer une pause nostalgique et heureuse au milieu des combats, dans le pilote, ces extraits dressent le tableau d’un triangle amoureux en formation. Je n’ai pas d’avis particulier à émettre, car il aurait fallu que j’en voie plus pour me faire une meilleure idée. En soi, l’idée du triangle amoureux peut être intéressante, comme énervante et sans intérêt (histoire de combler l’épisode).

 

Comme d'autres séries du genre, Gallipoli abordera certainement la brutalité de la guerre et des hommes, le questionnement des soldats face à cette impasse, la fraternité avec les compagnons d'armes et le camp d'en face lors de trèves, le dur retour au pays. La série convaincra par son point de vue sur un sujet connu. Le rythme n’est pas rapide, il pourra en rebuter certains. Il est à l’image de cette guerre qui s’est enlisée, avec des conséquences désastreuses (dans quel but ?). Enfin, le très jeune âge de certains combattants m’émouvra toujours.

 

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12 juin 14

SERIES MANIA SAISON 5, TABLE RONDE "ECRIRE UNE SAISON 2, QUELS ENJEUX & RISQUES ?"

 

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Intervenants (de gauche à droite)

Olivier Dujols + Clothilde Jamin, auteurs sur Falco (TF1)
Solen Roy-Pagenault, créatrice de Candice Renoir (France 2)
Marie Guilmineau, coauteure sur Les hommes de l’ombre (France 2)
Marie-Anne Le Pezennec, SACD
Vincent Poymiro + David Elkaïm, auteurs d’Ainsi soient-ils (Arte)

Table ronde animée par Marie-Anne Le Pezennec

 

Thèmes évoqués lors de la table ronde :

— L’écriture d’une saison 2 est motivée par la passion portée aux personnages et l’opportunité de développer des points sur eux qui n’avaient pas pu l’être en saison 1. Pour Marie Guilmineau qui n’a pas écrit la saison 1 des Hommes de l’ombre, officier sur la saison 2 était un défi, c’était la première fois qu’elle travaillait sur des personnages qu’elle n’avait pas imaginés. Elle n’a pas ressenti la pression de faire mieux ou la peur de faire moins bien que ses prédécesseurs, le challenge résidait dans l’offre d’une proposition différente.
— Après la saison 1, il y a une plus grande confiance entre le diffuseur et la production. Néanmoins, les audiences réalisées en saison 1 ont une certaine influence sur l’écriture de la 2. La nature du diffuseur (chaîne privée/publique) a également un impact sur la relation diffuseur/auteurs et l’écriture.
— Les éléments importants de la deuxième saison de Candice Renoir avaient déjà été réfléchis en amont, facilitant l’écriture de cette saison quand la chaîne l’a commandée. Ainsi soient-ils a été marquée par le changement des interlocuteurs d’Arte entre les saisons 1 et 2 : les auteurs ont du établir une nouvelle relation de travail avec leurs partenaires. 

— Marie Guilmineau préfère écrire directement des scénarios dialogués, sans passer par la case séquencier. Pour la saison 1 de Falco, les auteurs devaient livrer un séquencier. A partir de la 2, il y a eu une plus grande confiance de TF1 : les auteurs présentaient un pitch de quelques lignes et passaient aux scénarios dialogués, le process d’écriture était plus allégé.
— Les comédiens interviennent dans l’écriture, par le biais de retours, de propositions d’idées (c’est le cas de Sagamore Stévenin, alias Falco). Il y a un dialogue entre auteurs et comédiens : les auteurs surprennent les comédiens avec les textes, et les comédiens surprennent les auteurs avec leur interprétation.
— En général, les acteurs s’engagent sur une saison. Sur Les hommes de l’ombre, Carole Bouquet sera présente dans la seconde saison : une porte de sortie a été prévue pour son personnage à la fin de la saison, de même qu’une solution de retour sera possible si Carole Bouquet souhaite revenir dans la troisième saison.
— Olivier Dujols suit ce qui se dit sur twitter. Les scénaristes peuvent jauger les avis des fans, en tenir compte, mais l’intérêt réside aussi dans le fait de prendre les fans à contrepied et proposer des orientations inattendues.

— La méthodologie d’écriture et de production des séries en France pour proposer des saisons plus longues et diminuer le temps d’attente entre la diffusion d’une saison et de la suivante a engendré un vif débat.
Une révision du statut d’auteur s’est posée (les échanges ont du être redirigés car on s’éloignait du sujet actuel^^).
En France, le métier de scénariste est encore trop isolé : les scénaristes travaillent principalement chez eux et se réunissent de temps en temps en atelier d’écriture. Cependant, l’atelier serait plus rentable pour les séries avec au moins 12 épisodes par saison.
En outre, la France se caractérise par un long héritage du 90 minutes. Le 52 minutes est relativement récent. Les chaînes ont l’habitude de diffuser 2/3 épisodes d’une même série par soir (sauf exception de France 2 qui a consacré le vendredi soir à trois séries par le passé).
Autre point de blocage, le tournage en cross boarding, où il est découpé selon les lieux : on tourne toutes les scènes se déroulant dans un même lieu ensemble (que la scène se déroule dans l’épisode 2, 5 ou 7). En conséquence, le tournage ne peut débuter qu’à partir du moment où l’écriture de la saison est achevée. Cette méthodologie allonge le temps entre la diffusion de deux saisons consécutives. Ainsi soient-ils fonctionne selon ce process : la fabrication (écriture + tournage + post-production) d’une saison nécessite une année !
L’enjeu n’est pas de copier le modèle américain, car il y a de grandes différences : les USA sont un continent, la France non ; les USA disposent de moyens considérables et peuvent s’appuyer sur la vente à l’international.

— Quid d’un engagement des auteurs sur plusieurs années ?
Certains intervenants seraient prêts à s’engager dans la mesure où chaque saison est un nouveau défi. Quelques uns préfèrent décider selon l’envie à continuer sur le projet jusqu’à ce qu’un autre se présente. D’autres sont enthousiastes à cette longévité mais entrevoient la méthode actuelle de travail en France comme un possible frein à la capacité de durer.

 

Indiscrétions post table ronde :

J’ai pu poser quelques questions à Vincent Poymiro et David Elkaïm (Ainsi soient-ils) à la fin du débat.
— Le producteur a proposé aux auteurs d’écrire sur le thème de jeunes séminaristes. Les auteurs ont accepté car ils étaient eux aussi curieux d’explorer ce thème, peu approfondi à la télévision.
— Les instances officielles de l’Eglise se sont positionnées en défaveur de la série à cause de la vision du pouvoir au sein de l’Eglise présentée dans la fiction. Paradoxalement, ce n’est pas le thème de l’homosexualité qui a été problématique.
— Le tournage de la saison 2 est terminé, elle devrait être diffusée à la rentrée prochaine. La saison 3 est déjà en cours d’écriture.

 

N’hésitez pas à découvrir les reviews des autres séances :
Master class Nic Pizzolatto, "True Detective"
Table ronde "Les séries low-budget"
Table ronde "Exportation des séries et le format"

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Sériecalement vôtre,
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06 mai 14

SERIES MANIA SAISON 5, TABLE RONDE "EXPORTATION DES SERIES : LE FORMAT, UNE OPPORTUNITE A SAISIR ?"

 

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Intervenants (de gauche à droite) :

François-Pier Pelinard-Lambert, Le film français
Ruth McCance, Eccho Rights
Avi Armoza, Armoza Formats
Pilar Perez, DCD Rights
Marc Nowak, Zodiak Rights
Matthieu Béjot, TVFI

Table ronde animée par François-Pier Pelinard-Lambert

 

Avant de commencer le résumé de la table ronde, petit rappel sur ce qu’on entend par format :
Le marché du format concerne la vente et l’exploitation des droits d’un programme TV qui sera adapté pour un marché local par une chaîne TV de ce marché.

 

Thèmes abordés :

— Le format est un gage de sécurité pour l’acheteur puisqu’il y a l’apport d’une expérience de production.
— La création n’est pas menacée par le format. Par exemple, pour Hostages (Armoza Formats), la version israélienne privilégie l’aspect espionnage tandis que la version américaine développe l’aspect drame familial.
— Les demandeurs de format sont ouverts aux propositions. La tendance va plus vers le « what’s new ? » que l’uniformisation.
— De plus en plus de petits pays entrent sur le marché du format.
— Certains éléments sont difficiles à adapter. Ce fut le cas pour The Slap (La Gifle en VF, DCD Rights) en Russie avec le sujet de l’allaitement et Hostages dans certains pays où l’idée d’assassiner le premier ministre est impensable.
Hostages a connu un parcours un peu particulier : CBS avait acheté les droits pour l’adaptation US avant même que le projet soit mis en oeuvre en Israël. A cause de la compétitivité accrue aux US, les chaînes n’hésitent pas à faire de la veille à l’étranger, à la recherche de projets, et à les acheter quand ceux-ci présentent une proposition claire, même sans épisode tourné.
— Les Etats-Unis ont optionné plusieurs séries françaises : Braquo, Les hommes de l’ombre, Jeff et Léo, Hénaut président. Pour l’instant, seule l’adaptation de Hénaut président a été diffusée aux USA sur Comedy Central, sous la web série The Handlers, avec en vedette Bryan Cranston (Breaking Bad) ! En définitive, il faut rester prudent : il y a beaucoup d’options, mais en réalité, peu de projets optionnés aboutissent.

— Le drama a un peu plus de succès que la comédie. Les codes de l’humour voyagent moins bien que ceux du drama. Marc Nowak a cité l’exemple de Solsidan, une comédie suédoise sur une famille s’installant dans un quartier bourgeois. Malgré l’universalité du thème, Zodiak Rights a du mal à imposer cette série, malgré l’argument marketing des 50% de part d’audience en Suède. Ils ont néanmoins réussi à pénétrer sur le marché américain. Du côté de la France, la comédie s’exporte plutôt bien. Caméra Café a été adaptée dans 26 pays ; Fais pas ci fais pas ça, en Pologne.
— Contrairement à Solsidan, The Slap a été adaptée plus facilement. Même si la base de l’histoire est très ancrée dans la culture australienne, une adaptation étrangère est plus aisée pour deux raisons : beaucoup de sociétés sont multiculturelles et la prémisse est plutôt simple (quarantenaires qui se retrouvent à un moment critique de leur vie). Les auteurs originaux ont été impliqués dans le processus d’adaptation. Il y aura une version américaine sur NBC.
— Eccho Rights a vendu à Shine France la série turque The End, dans laquelle une femme tente de découvrir la raison pour laquelle son mari ne se trouvait pas à bord de l’avion qu’il était supposé prendre et qui s’est écrasé. Il y a eu une première adaptation en Suède, sur SVT2. Elle a rencontré le succès auprès des femmes. Les Etats-Unis se sont ensuite intéressés. FOX prépare la version US (les scénarios sont déjà écrits). A la différence de la version originale qui est une mini-série, l’adaptation US a été conçue pour durer plusieurs saisons.

 

Echanges avec le public :

— Certaines chaînes produisent une version adaptée en plus de la diffusion de la série originale pour des raisons scénaristiques : l’adaptation permet de changer la fin, par exemple.
— Il vaut mieux vendre le format à quelques pays avant de s’attaquer aux Etats-Unis. Ce pays disposant d’un second marché, il y a le risque de demandes plus contraignantes qui s’avéreraient désavantageuses pour les auteurs.

 

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Master class Nic Pizzolatto, "True Detective"
Table ronde "Les séries low-budget"
Table ronde "Ecrire une saison 2 : enjeux & risques ?"

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04 mai 14

SERIES MANIA SAISON 5, TABLE RONDE "LES SERIES LOW-BUDGET, UNE CONTRAINTE STIMULANTE ?"

 

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Intervenants (de gauche à droite) :

Paul Marquess, Newman Street => "Suspects", diffusée sur Channel 5 (UK)
Bertrand Cohen, Terence Films => "Cut", diffusée sur France Ô
Marie-Agnès Bruneau, C21
Agatha Walkosz, Media Brigade => "The Deep End", diffusée sur TVP (Pologne)
Stéphane Drouet, Making Prod => In America, diffusée sur OCS

Table ronde animée par Marie-Agnès Bruneau

 

Le marché de la fiction a connu un essor considérable depuis ces dernières années. En 2013, la France comptabilisait 782 heures de fictions produites, dont 678 heures de séries. Pour ces dernières, le nombre a connu une hausse de 50% par rapport à 2012.
Les chaînes de la TNT et les chaînes thématiques s’attaquent également à ce marché : 45 heures en première diffusion pour la TNT, 32 pour les chaînes historiques. Néanmoins, il ne s’agit que de diffusion, ces acteurs n’ont pas encore de stratégie claire, exception faite pour OCS, TMC.
Cette embellie pour la fiction n’est pas sans pression budgétaire. En effet, la fiction représente le genre le plus cher : en moyenne 900 mille euros par heure (CNC, 2013). Cependant il faut se rappeler que les fictions occupent en général les cases du prime time, ceci a donc un impact sur le coût.
Avec les enjeux en termes d’audiences, le risque pris avec les projets qui peuvent ne pas marcher auprès du public, on comprend les réserves des acteurs du marché aux investissements conséquents. Se pose alors la question suivante : peut-on faire des séries à faible coût, des séries low-budget, sans pour autant renier sur la qualité (en cela, il ne faut pas confondre série low-budget avec série low-cost !) ?

 

Quelques mots d’introduction sur les séries :

Suspects :

La série fait les beaux jours de Channel 5, chaîne tournant autour des 4% de pda et n’ayant pas une forte tradition dans la commande de séries. Par le passé, le Royaume Uni se distinguait par une pléthore de séries à moyen/faible budget, mais elles ont toutes disparues depuis. Subsistent les drama à grand budget. Dans le cas de Suspects, Paul Marquess a eu l’idée de produire un drama sans dépenser une fortune, persuadé qu’un drama n’avait pas forcément besoin d’être cher. Il a été sollicité par Channel 5, qui n’avait pas commandé de drama pendant une dizaine d’années.
Suspects a été une belle surprise autant par l’accueil positif qu’elle a reçu lors de la projection presse que par son coût qui s’est avéré moindre que celui que la chaîne avait envisagé.
Cette série a la particularité de s’appuyer sur l’improvisation des acteurs. Toutefois, chaque épisode repose sur un script avec une intrigue dont les étapes sont définies à l’avance : l’improvisation intervient au niveau des dialogues.
Le tournage des scènes ne dépasse pas trois prises pour chacune.

Cut :

La série est diffusée sur France Ô, la chaîne de France Télévisions ayant le moins de moyens. Terence Films devait donc proposer un projet cohérent et de qualité face à cette contrainte budgétaire, et également un projet qui puisse être exporté. Terence Films réalisant une grande part de marge à l’étranger, la capacité à l’exportation entrait en jeu dans l’élaboration du projet.
La série s’appuie sur un dispositif transmédia : les personnages ont une page Facebook alimentée pendant et en dehors de la diffusion, pour donner une dimension de réalité. Ce dispositif présente un autre avantage : vérifier l’adhésion du public à la série. Vous trouverez plus d’informations sur ce dispositif sur Bigger Than Fiction.
Une saison 2 a déjà été commandée.

The Deep End :

La série compte deux saisons à ce jour, une troisième est en préparation. Elle est née à l’occasion d’un concours organisé par le Ministère des Finances et du Travail polonais, dans le cadre de la promotion des métiers des services sociaux. Le ministère a contribué au financement, de même que l’Union Européenne.
The Deep End a connu un succès critique et à l’international : elle a été récompensée aux festivals de Monte Carlo, Chicago, Turin, et a été vendue à 10 pays.
Les soap opéras sont plus fréquents dans le paysage télévisuel polonais, il y a très peu de drama en prime time.

In America :

In America est une idée des comédiens principaux. Ils ont soumis le projet à Making Prod qui l’a proposé à OCS. La chaîne a signé sur la base d’une bible et d’un épisode dialogué (ses modalités de sélection des projets diffèrent de celles des autres chaînes).
La série a été réalisée en 15 jours aux Etats-Unis et 6 en France. Pour les Etats-Unis, l’équipe a tourné à Las Vegas, au Grand Canyon, il y a vraiment eu une possibilité de voyager à travers le pays (sauf pour certains lieux : par exemple, les scènes à Chicago n’ont pas été faites à Chicago). Elle compte à ce jour 10 épisodes de 20-26 minutes.

 

Autres éléments abordés :

— Le rythme de tournage des séries low-budget est intensif. La réussite du tournage repose sur une excellente préparation en amont.
— La participation des acteurs n’est pas forcément subordonnée au cachet. Ils sont d’abord intéressés (en général) par la valeur du projet : si l’histoire, l’équipe leur plait, ils acceptent de mettre au second plan la question de la rémunération. Ainsi, série low-budget ne signifie pas automatiquement impossibilité d’avoir d’un acteur, réalisateur ou producteur renommé. Par exemple, The Deep End compte parmi son équipe un acteur connu en Pologne.
— Au niveau de la liberté de création, In America a eu les mains libres. Sur Cut, il y a eu des aller-retour, mais les décisions ont été prises rapidement étant donné le rythme intensif de la production. Pour The Deep End, le Ministère des Finances et du Travail a lu les scripts et a demandé à la production de réduire le nombre de mots vulgaires, demande que la production a suivie.
— A la question de savoir si un faible budget est uniquement une contrainte ou peut, à l’inverse, être un levier de création, Stéphane Drouet a confié que sur In America, conçue comme un road movie, les contraintes ont plus été liées aux lieux de tournage qu’au budget.
— Un budget moindre est compensé par une augmentation de la productivité : chacun doit faire des efforts au niveau de la rémunération et de la charge de travail.
— La contrainte budgétaire a des répercussions sur la façon de produire : aucune lumière n’a été utilisée sur Suspects. Paul Marquess n’aurait jamais cru cela possible avant de travailler sur Suspects. Ce genre de projet amène à tout remettre en question et favorise le dialogue entre la production cinématographique et la production de séries low-budget, car même avec peu, ces séries arrivent à conserver une qualité artistique.
— Cut a bénéficié du financement de France Ô, du CNC, de la région où la série est tournée, et de la marge du distributeur. On peut évaluer le coût de la saison 1 à 4/6 millions d’euros pour 70 épisodes. Chaque épisode de In America a nécessité 50 mille euros. OCS, le CNC et le distributeur ont participé au financement. Le budget de la saison 2 sera plus élevé. Le budget alloué à The Deep End s’élève à 1,5 million d’euros pour 13 épisodes.

N’hésitez pas à découvrir les reviews des autres séances :
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Table ronde "Exportation des séries et le format"
Table ronde "Ecrire une saison 2 : quels enjeux & risques ?"

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