21 juil. 15

MONTE CARLO 2015 : "HOW TO GET AWAY WITH MURDER", ALFRED ENOCH (table ronde)

 

Alfred Enoch était un des invités du festival, pour porter les couleurs de How To Get Away With Murder, série dans laquelle il prête ses traits à Wes Gibbins, étudiant du cours de droit de l’inflexible et dangereuse Annalise Keating. Celle-ci a la tâche intéressante d’apprendre à ses élèves toutes les ficelles pour faire acquitter un client accusé de meurtre. Rebaptisée Murder pour la diffusion française, la série passe sur M6.  Autour d’une table ronde matinale, l’acteur (aussi Dean Thomas dans la saga Harry Potter) a partagé avec enthousiasme son ressenti sur son personnage, celui d’Annalise, joué par Viola Davis, Shonda Rimes, entre autres… après un petit aparté sur la soirée anniversaire des 55 ans du festival à laquelle il avait assisté la veille. A noter que son partenaire Matt McGorry, alias Asher Millstone, était également à Monte Carlo (mais je n'ai pas eu l'occasion de le rencontrer).

 

 

— Pouvez-vous nous dire quel souvenir vous avez de la première fois où vous avez lu le scénario de How To Get Away ?

Alfred Enoch : Je me souviens que je jouais dans une pièce à Londres. J’ai reçu le script alors que je donnais deux représentations le même jour, le matin et le soir, et j’allais passer l’audition le jour suivant. Alors que je le parcourais, ma première pensée a été la suivante : comment vais-je pouvoir le lire ? Me préparer ? Aussi, faire un travail décent ? Et ces questions se sont accentuées au fur et à mesure que je lisais, parce que j’ai pensé : c’est excitant, c’est bon, ça devrait être un travail excitant, intéressant à faire. Je me rappelle avoir pensé que c’était un twist intéressant sur quelque chose qui me paraissait familier. L’aspect "qui est le coupable" raconté sur deux époques m’a paru original et m’a semblé poser les questions différemment.

— Saviez-vous au début que Wes avait tué Sam ?

Alfred Enoch : Non. J’aurais voulu le savoir, mais ça n’a pas été le cas. C’est un des aspects intéressants quand on travaille sur la série. Les choses changent. Vous recevez le script et vous pensez : oh, il y a une autre pièce à ce puzzle. Alors c’est très difficile, de ce point de vue, de reconstruire ce qui s’est passé pour deviner ce qui va arriver par la suite.

— Dans la série, vous étudiez le droit. Auriez-vous pu, vous-même, être avocat?

Alfred Enoch : J’ai étudié la littérature, alors ma relation avec les mots est probablement différente. J’ai des amis qui viennent de terminer leurs études en droit. Ça n'a jamais été quelque chose qui m’a séduit.

— Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre personnage, et qu’est-ce que vous n’aimez pas?

Alfred Enoch : J’admire vraiment la capacité de Wes à respecter ses croyances, ses principes. Il pose des questions qui sont dures, basées sur un code moral. Je respecte plutôt ça. Je pense que l’une des choses les plus difficiles sur le personnage est… Je veux dire, c’est dur parce qu’ils sont placés, ils sont placés dans des situations si difficiles et ça fait partie probablement des raisons pour lesquelles les gens aiment la série. Evidemment, certaines de ses actions deviennent discutables, mais souvent, je pense que les gens regardent cela avec moins d’empathie que moi. Peut-être parce qu’étant Wes, je passe beaucoup de temps avec mon personnage. J’ai de la sympathie pour lui. Vous savez, je pense qu’il commet un acte extrême, mais il le fait. Il le fait pour protéger ceux à qui il tient… C’est l’une des autres choses qui me fascine dans le script, et ce, dès le pilote. Il présente différentes facettes de ces personnages, et cela devient dur de pointer quelqu’un et de dire : c’est ce qu’une personne est. Vous savez, nous montrons un autre visage dans différentes situations, différents scénarios, et avec différentes personnes. Donc j’aime ça, j’aime qu’il ne soit pas aussi simple de dire que lorsqu’une personne fait quelque chose de mal, c’est une mauvaise personne.

 

Alfred Enoch

 

— Comment est-ce, de travailler avec Viola ?

Alfred Enoch : Fantastique !

— Avez-vous la même relation que celle qu’on voit à l’écran ?

Alfred Enoch : Heureusement, non ! (rires) J’aurais été… Mon dieu, ce serait une expérience épuisante si c’était le cas… Annalise Keating est un personnage tellement formidable et exténuant ! A bien des égards, c’est une femme si compliquée. Elle a une façon de manipuler les gens, d’être exigeante, mais Viola est adorable, c’est une personne tellement gentille. Et ça contribue à faire du plateau de tournage un endroit agréable. Les gens sont gentils. Pour moi, vous savez, qui viens de Londres et qui vis dans une ville que je ne connaissais pas beaucoup avant, être entouré personnes agréables a rendu les choses plus faciles. Alors je suis reconnaissant envers Viola et le reste du cast.

— Voyez-vous la relation entre Wes et Annalise comme celle qu’auraient une mère et son enfant, ou davantage ?

Alfred Enoch : Ca va plus loin. Je pense que, peut-être, il y a un aspect maternel. Elle fait quelque chose que je trouve incroyablement généreux, dans un moment très fort pour les deux. Je pense qu’il y a un côté maternel, mais il y a plus. Je pense que c’est l’un des éléments intéressants dans le fait de le jouer, mais il y aussi le fait qu’il y a tant d’impulsions différentes, tant de conflits pour eux. La manière dont ça commence, ils sont liés par un secret. Vous savez, elle est compromise, il sait quelque chose, elle a besoin qu’il ne le dise à personne. Et je pense que l’une des choses plaisantes est que les scénaristes arrivent toujours avec de nouveaux rouages pour déstabiliser cette relation. Il y a beaucoup de mise à l’épreuve, il y a du conflit, et il y a de l’attirance.

— Votre personnage va-t-il être sauvé parce qu’il a ce lien spécial avec Annalise ?

Alfred Enoch : Je pense que l’un des aspects excitants du show est qu’il donne le sentiment que personne n’est à l’abri. Vous savez, vous ne voulez pas regarder, je pense, une… Je veux dire… ce n’est pas nécessairement vrai. Je pense que parfois… Je me souviens avoir lu un livre quand j’étais jeune et quelqu’un m’a spoilé la fin, m’a dit qui mourrait, et en fait, ça ne m’a pas empêché du tout de profiter du livre. La façon dont vous arriver là est une autre chose. C’était l’un des éléments de la série. Quand elle a résolu la question de savoir qui avait tué Sam, elle a introduit une autre question : qui d’autre était impliqué, et à quel degré ? J’aime ce rebondissement. Il y a toujours quelque chose d’autre à trouver. Mais je pense que quelque chose a été ajouté à ce mélange : il n’est pas évident de penser que les gens sont en sécurité. En tout cas, ce n’est pas l’impression que j’ai eue. Je pensais : "Wes aurait pu être tué… Non, il va survivre dans la saison 1". Quand les enjeux sont d'une telle envergure, les individus deviennent très extrêmes, en particulier dans le contexte de la série. Je pense que n’importe quel personnage pourrait partir. Heureusement, il (Wes) survit…

 

— Oui, dans la série, tout peut arriver à n’importe quel moment, alors c’est très excitant à regarder. Personne n’est à l’abri du tout.

Alfred Enoch : Je suis content que ce ne soit pas simplement le sentiment d’un acteur paranoïaque à l’idée de perdre son travail…

De toute évidence, vous ne jouez pas dans Game Of Thrones ! (rires)

Alfred Enoch : C’est vrai. Je pense, dans un sens, qu’on touche à quelque chose qui est importante dans n’importe quelle histoire, c’est que vous ne voulez pas que les choses soient de trop, n’aient pas de sens, ne soient pas pertinentes. Vous savez, si une personne meurt, il faut que ce soit un évènement. Je veux dire, que ce personnage vous manque, que vous soyez content de sa mort, vous voulez une sorte de relation. Alors je pense qu’il y a un peu de ça, dans Game Of Thrones.

— Quelle est l’implication de Shonda Rhimes dans la série ?

Alfred Enoch : Elle a créé une très bonne ambiance. Vous savez, elle a engendré un environnement de travail convivial où, vous savez, les gens se sentent à l’aise. Nous avions eu un dîner avec Shonda et l’équipe créative et tous les scénaristes, les acteurs, les scénaristes, Shonda et quelques producteurs quand nous sommes arrivés à L.A avant de commencer la saison. Et c’est une chose agréable à faire.

 

Vous pouvez lire la version originale (anglaise). Et mon avis sur le pilote.

Retrouvez les autres articles de l’édition 2015 :
Journal de bord
Table ronde Profilage
Table ronde Esprits Criminel
Conférence de presse Empire
Table ronde Grey’s Anatomy

Retrouvez les photos dans la galerie.

 

Sériecalement vôtre


12 juil. 15

MONTE CARLO 2015 : "ESPRITS CRIMINELS", MATTHEW GRAY GUBLER (table ronde)

 

Un des moments savoureux de ce festival pour moi fut ma table ronde avec Matthew Gray Gubler, l’interprète de Spencer Reid dans Esprits Criminels (Criminal Minds en VO, diffusée sur TF1). Cette série est un des milestones de mon parcours de sériephile (j’ai même eu l’idée folle de faire le fan film, Agents du diable). Alors pouvoir échanger avec Matthew en personne, c’était la cerise sur le gâteau. Je rassure, j’ai su rester professionnelle. La discussion fut agréable, vous en trouverez le contenu ci-dessous.

 

— Vous avez suivi des études en réalisation, et puis vous avez été mannequin pour plusieurs marques, et puis vous avez atterri dans Esprits Criminels. Qu’avez-vous appris de ces différentes expériences, et orienter votre carrière vers ces différentes expériences était-il intentionnel ?

MGG : Vous savez, j’ai été très chanceux et je n’ai jamais vraiment… intentionnellement (NB : à ce moment, MGG a fait un commentaire sur les chaussettes d’une des personnes présentes) J’ai eu une carrière chanceuse et je ne l’ai pas orientée de façon particulière. J’ai juste été très chanceux. J’ai fait des études en réalisation et je pensais que cela allait me propulser vers Hollywood, et c’était mon objectif dans la vie, et ça m’a, d’une étrange façon, conduit vers le cinéaste Wes Anderson, pour lequel j’ai fait un stage dans le cadre de mes études, et puis il m’a retenu pour jouer dans un film dont le titre est "La vie Aquatique". Ca a été ma première expérience en tant qu’acteur, elle m’a finalement conduit à faire un documentaire sur le film et à obtenir un agent qui m’a envoyé aux auditions pour Esprits Criminels. J’ai toujours essayé de… J’adore les personnes du monde du divertissement, qu’ils soient acteurs, réalisateurs, réalisateurs de clips YouTube, et j’essaie juste de faire ça chaque jour.

 

— Est-ce que ça a été difficile pour vous d’être acteur ? Parce que vous n’aviez pas, peu d’expériences avant Esprits Criminels.

MGG : Bonne question… Je pense qu’en fait, ça a été plus facile. Mon type d’acteurs et mon type d’artistes préférés sont les personnes qui n’ont pas beaucoup d’expériences, parce que cela les force à être authentique et sincère. C’est… Dans n’importe quel domaine, que vous soyez peintre ou vous savez, danseur, je pense que quand vous travaillez sans cadre et technique, vous êtes forcé de composer de la façon la plus authentique qui soit. Même si je réalise des épisodes ou autre chose, je cherche toujours les personnes qui… elles n’interprètent pas seulement, c’est comme si elles existaient, et ces personnes-là sont la catégorie d’artistes de que je préfère.

— Cela signifie-t-il que vous n’avez eu aucune préparation pour interpréter le rôle ?

MGG : Etant donné que je n’ai jamais suivi de cours de façon classique, mon process d’interprétation est, je pense, différent de celui des autres. J’essaie de… J’étudie… C’est difficile pour moi d’expliquer… Je souhaitais que le personnage ait le syndrome d’Asperger, c’est une forme d’autisme, alors j’ai fait des recherches et je voulais qu’il soit une sorte d’agent du FBI improbable, atypique, alors je me suis libéré de ce processus pour n’avoir aucune connaissance sur le FBI. Je ne voulais pas savoir comment tenir un pistolet, je voulais juste rendre ce personnage unique. C’est comme prendre les parties que je préfère de mes nombreux héros et personnes que je connais dans la vie réelle. Je ne sais pas comment expliquer cela. Je n’ai pas vraiment de méthode. C’est bizarre, je ne sais pas, je ne sais pas, mon processus est décousu, désolé…

 

— Pourquoi votre personnage parle aussi vite ?

MGG : Bonne question… Vous savez, je n’avais jamais pensé qu’il parlait vite !

— Ou c’est peut-être parce que je suis française…

MGG : Non, c’est vrai, il parle vite.  C’est venu naturellement quand j’ai voulu créer Reid, et ça s’est concrétisé sous la forme d’une rapidité de la pensée. Je pense qu’il a l’habitude que les gens l’ignorent et lui manifestent de l’indifférence, mais il a une incapacité… Il sait tout et doit le dire tout le temps, alors la meilleure façon de le faire sans être interrompu est de parler très vite, pour éviter que quiconque ne le coupe.

 

MGG

 

— Quels sont vos épisodes préférés ?

MGG : Je suis très fier de ceux que j’ai réalisés, ça c’est sûr.

— L’un de mes préférés est "Lauren".

MGG : Oh, merci !

— Parce que j’adorais le personnage de Paget Brewster (NB : Emily Prentiss) aussi, alors…

MGG : Elle est super. Merci. C’était un épisode amusant à faire. Mon préféré est probablement "The Lesson". C’était pendant la saison 8, et il s’agissait de l’homme qui transformait les êtres humains en marionnettes, et j’ai beaucoup aimé ça. (…) Et j’aime beaucoup "Mosley Lane".

 

— Pouvez-vous nous dire quelques mots à propos du cast ?

MGG : Ouais ! On se sent tous comme une famille, et je suis très chanceux de travailler avec eux. Je les aime tous. Shemar est comme mon frère, Joe est comme mon père de Los Angeles, les filles sont comme mes sœurs. On forme un super groupe. Tout le monde a le meilleur sens de l’humour qui soit.

 

— Esprits Criminels montre des meurtres très noirs. Avez-vous pensé que cela puisse avoir une influence sur certaines personnes qui regardent la série, parce que nous voyons toujours des tueurs en série et des modi operandi très effrayants ?

MGG : C’est drôle, je pense que… En fait, je vois… Je pense que c’est un peu comme un test, où lorsque vous regardez quelque chose, vous ne voyez que ce que vous voulez voir. Quand je regarde la série, les personnes qui m’abordent dans la rue me disent souvent que la série les a inspirés à s’engager dans les forces de l’ordre, ou leur a donné envie de devenir un agent du FBI, ou leur a a donné envie de mettre fin à la criminalité. Je n’ai encore jamais rencontré quelqu’un qui était en mode "ça m’a donné envie de tuer des gens !" (rires). J’aime imaginer que cela insuffle de l’inspiration pour faire le bien dans le monde, et pour moi, c’est une série qui n’est pas centrée sur le meurtre et la mort, mais une série centrée sur l’espoir et le bien, mais ce n’est juste que mon point de vue. (rires) Je ne sais pas, peut-être que je suis fou…

— Non…

MGG : Je suis sûr que je le suis…

 

— Et quels sont vos projets maintenant ?

MGG : Je tourne cette série onze mois par an, mais pendant chaque mois de pause, je fais un film. Actuellement, je tourne "Alvin et les chipmunks 4", et j’ai terminé la production d’une adaptation contemporaine de Tom Saywer et Huckeberry Finn dans laquelle j’ai joué, et dont je suis très fier. L’avant-première s’est déroulée il y a trois jours en Amérique. Et je viens de finir un film dont le titre est "Suburban Gothic", qui est une comédie, un film d’horreur qui sort, je pense, en Europe, le mois prochain.

— Comment faîtes-vous pour jongler entre tout ça ?

MGG : Je sais, je sais… Bonne question… J’ai besoin de faire une pause… Cette année, pendant que je tournais dans Esprits Criminels, je tournais aussi dans "Band of Robbers" et "Life After Beth", un film sur les zombies, et c’était beaucoup de travail.

— Donc vous jouez et vous réalisez. Que préférez-vous ?

MGG : J’adore les artistes quel que soit le domaine. Les choses que je préfère dans la vie sont jouer dans des comédies et n’importe quel type de réalisation.

 

La version VO est également disponible.

Retrouvez les autres articles de l’édition 2015 :
Journal de bord
Table ronde Profilage
Table ronde How To Get Away With Murder
Conférence de presse Empire
Table ronde Grey’s Anatomy

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Sériecalement vôtre,

20 juin 15

MONTE CARLO 2015 : "PROFILAGE" (table ronde)

 

Dimanche 14 juin, j’ai eu le plaisir de rencontrer, avec un petit groupe d’interviewers, les acteurs de Profilage venus représenter la série de TF1 à Monte Carlo. Odile Vuillemin (Chloé), Philippe Bas (Rocher), Raphaël Ferret (Hyppolite) et Jean-Michel Martial (Lamarck) ont répondu à nos questions, dont voici des extraits (attention, quelques infos sur la saison 6) :

 

— Ca doit être très bizarre d’aborder la nouvelle saison (NB : la 6), sachant qu’il y a un personnage qui va partir (nb : Odile Vuillemin), sachant qu’il y a un autre personnage qui est mort (NB : Fred Kancel, jouée par Vanessa Valence). Ce sont des circonstances spéciales pour débuter une nouvelle saison, parce que normalement vous recevez les scénarios très peu en amont…

Odile Vuillemin : Si, si, on les reçoit quelques semaines avant le tournage. C’est vrai que le départ de Vanessa, c’était un peu dur, et puis après, il y a mon personnage qui est sur le départ. Pour l’instant ça se passe bien, on a fait six épisodes, et je pense que ça va devenir un peu émouvant pour moi pendant les six derniers.

— C’était un choix ?

Odile Vuillemin : Oui. Même si c’est un choix, c’est un super personnage. C’est pas évident. C’est pas parce que c’est un choix que c’est facile à faire.

 

— Et pour ceux qui restent, il y a un deuil à faire, déjà, du personnage ?

Philippe Bas : Non, parce que pour l’instant…

— Par rapport à Fred…

Philippe Bas : Ah, par rapport au personnage de Vanessa ?

— Oui. De Vanessa et de Chloé.

Philippe Bas : C’est-à-dire que ça remonte à l’année dernière en réalité, parce qu’on a repris le tournage en novembre, donc si vous voulez, pour nous… je ne dirai pas que le travail de deuil a été fait, mais il y a eu une nouveauté avec un autre personnage qui intervient désormais avec les flics, qui supplée notre équipe. En plus, on a eu tellement de remous, tellement de choses qui sont passées que si vous voulez, nous, on s’est tout pris sur les deux, trois, quatre premiers. Et là, on en est à six, on va attaquer à partir de mercredi prochain trois autres, trois suivants. Donc on est au milieu de la machine. C’est au moment où est dans la force de l’âge de la saison. Le virage à prendre, il va être plutôt vers la fin de l’année, et là, on est dans la ligne droite, on est juste avant le freinage. On est dans les pleins pots et comme l’a dit Odile, c’est assez émouvant. Parce que d’abord il se passe des choses sur un plan choral, notamment dans les trois prochains qui arrivent, pas mal de choses se passent avec plusieurs intrigues différentes. Et donc elles ont la particularité de, moi, de me surprendre encore, c’est déjà ma quatrième année. Si elles me surprennent moi, je pense, j’espère en tout cas qu’elles surprendront le public, et dans le bon sens.

 

— Et vous savez ce qui va se passer jusqu’à la fin de la saison ?

Philippe Bas : Non, c’est en évolution. On a une idée sur les arches. Il y a des choses qu’on sait…

— Vous savez par rapport à votre personnage… (à Odile Vuillemin) quand vous arrêtez…

Odile Vuillemin : Oui, je sais que j’arrête. (rires)

— Mais comment vous arrêtez ? Vous savez quelle fin vous attend ?

Odile Vuillemin : Oui, oui, je sais.

 

— Dans la saison 5, surtout vers la fin, on est passé d’une atmosphère décalée, avec beaucoup d’humour, vers… on est allé vers beaucoup plus sombre. Et du coup, pourquoi un tel virage avait été pris, d’explorer ces thèmes sombres ?

Philippe Bas : Raphaël, c’est à cause de toi !

Raphaël Ferret : C’est à cause de moi, c’était un demande de ma part… Non, vous savez, je crois que quand les auteurs réfléchissent à la saison, sur son ensemble au début, à l’épisode 1, il y a des idées. Mais après, en fait, la saison prend une vie en elle-même, c’est-à-dire que des choses se passent et puis, je veux dire, il y a quelque chose qui se passe au milieu de la saison, des épisodes, et ce qui fait qu’en fait, parfois, ça prend une forme… Bah là, cette forme, c’est vrai que cette fin de saison, c’était une fin de saison très sombre, mais c’est pas forcément quelque chose qui était voulue à la base, en fait… C’est une évolution, en fait. Il se passe des choses, et puis les auteurs, ça les inspire, selon tel épisode (…). En fait, la série a un peu sa vie propre, et c’est parti dans des choses un peu sombres, parce que… c’est comme ça que les auteurs ont ressenti les choses à ce moment-là. Mais je ne crois pas que ce soit une volonté de dire « on va faire quelque chose de très sombre ». Je pense que c’est quelque chose qui est venue comme ça, naturellement, par ce qui les inspirait , par ce qu’on faisait…

Philippe Bas : C’est aussi le pouvoir de cette série qui nous amène dans des choses qui sont chorales, à la fois très dures, des choses qui sont profondément difficiles. On parlait de deuil à l’instant. Et puis en même temps, il y a des intrigues qui nous amènent dans des situations de l’ordre de la comédie. Et ensuite, quelque chose qui arrive derrière et qui nous ramène à… Il faut bien quelques choses auxquelles on ne s’attend pas du tout. Et c’était notamment le départ de Vanessa.

 

— Et le départ de Vanessa, c’était un départ volontaire ? Ou suite à l’évolution de…

Odile Vuillemin : Non, ce n’était pas un départ volontaire. C’était un départ écrit.

 

Raphaël Ferret & Jean-Michel Martial

 

— Est-ce qu’au fur et à mesure des saisons vous avez pu un peu analyser, ou vous êtes posée la question de : pourquoi le succès a été grandissant ?

Odile Vuillemin : On a de très bons scénars, et puis c’est vrai qu’on est arrivé en France avec un personnage  très très atypique, qui n’existait pas trop en France. On a eu un peu de mal à installer parce qu’on avait l’habitude des Docteur House, Mentalist (…). L’anti-héros était assez acté aux Etats-Unis, mais en France, on n’avait pas trop l’habitude d’avoir quelqu’un avec plein de défauts, etc. On a eu un peu de mal à le placer. Puis après, c’est cette différence qui a fait le ton de la série, avec tout l’humour, on a beaucoup de vie privée entre les personnages, etc. On a une équipe de gens très très passionnés et motivés.

— Parce qu’il faut que ça dure. Ca dure, et ça perdure, et les audiences grandissent aussi. En général, c’est plus souvent l’inverse qui se passe au bout de trois saisons.

Philippe Bas : En fait, il y a eu plusieurs changements au fil de la série. Ne serait-ce qu’à la saison 3 avec mon arrivée qui a coïncidé avec l’arrivée de deux nouveaux réalisateurs qui ont un peu révolutionné le concept visuel de la série. Et puis c’est vrai qu’il y a un aspect choral qui est de plus en plus prenant. Parce que quand on suit le personnage d’Odile et tout ce qui se passe, ça nous amène à d’autres personnages, ça rebondit sur la vie privée de chacun.

 

— Philippe, que penses-tu de l’évolution de ton personnage depuis ton arrivée ?

Philippe Bas : J’en suis assez satisfait, dans la mesure où, comme je vous le disais tout à l’heure, par rapport à la lecture de ce que j’ai jusqu’à présent, il m’arrive encore d’être surpris. Systématiquement, parce que je ne peux pas savoir à l’avance ce qui va être écrit, mais je suis relativement surpris et de plus en plus dans le bon sens du terme, parce que… pas seulement par rapport à mon personnage, mais ce qui l’entoure et ce qui entoure l’équipe. En fait, je ressens, comme le public j’ose espérer, une espèce de… à la fois de renouveau, c’est comme si chaque année, chaque saison, il y avait pus d’ampleur sans que ce soit trop lourd. Je suis assez content et mon personnage est associé à cette évolution globale. Et donc je suis content, parce qu’il m’arrive des trucs que je ne soupçonnais pas. Et comme le disait Terrence Howard hier (NB : lors de la cérémonie d’ouverture), quand on a la chance d’interpréter un personnage comme ça sur deux, trois, quatre ans, moi qui ai fait pas mal de cinéma et d’unitaires, voire des séries parce que je suis dans ma vingtième année de carrière, en réalité, je me rends compte qu’on a un confort et une espèce de richesse dans ce truc-là. Il suffit d’enfiler cette veste et bam, t’y es. Et puis quand on joue avec Odile, avec Raphaël, il y a quelque chose de… Odile a raison quand elle explique qu’elle a un personnage qu’on n’avait pas l’habitude de voir, qui est atypique, moi, je suis un peu son corollaire, donc ce qui fait que ce binôme qu’on a créé aussi parce que moi, je suis arrivé après, je pense que ça a apporté une dimension différente. Et je suis très content. Pour l’instant, je suis loin d’être las.

 

— Tout à l’heure vous avez évoqué la nouvelle saison, vous-mêmes, comment vous avez géré le départ de Vanessa. Qu’est-ce qui attend vos personnages, quelles vont être les conséquences de ce final qui a été quand même été assez difficile pour les téléspectateurs. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire déjà sur comment vont réagir vos personnages après les évènements ?

Odile Vuillemin : Ca a impacté sur chacun des personnages. Mais juste pour Chloé, évidemment, il a fallu se soigner… (rires + arrivée de Jean Michel Martial) (…) Je me suis faite soignée, ça va mieux. Ca va beaucoup mieux même, et du coup après, on repart. Je n’ai plus ma fille à l’entrée de saison, et on va essayer de la récupérer.

Philippe Bas : Ca va pas super bien puis ça s’améliore. Mais bon, il va se passer des choses encore !

Odile Vuillemin : Voilà, j’en dirai pas plus !

Raphaël Ferret : C’est vrai que la fin de la saison 5 est très très très très sombre.

Philippe Bas : Déjà, je ne suis pas mort, au cas où vous vous posiez la question !

Raphaël Ferret : Ca a marqué un peu les gens… On a eu beaucoup de retours un peu… Certaines personnes étaient un peu choquées par cette fin de saison très très très très sombre.

 

— C’est vrai que ce n’est pas le genre de chose qu’on a l’habitude de voir dans les séries françaises.

Raphaël Ferret : Les gens ont été marqués par cette fin de saison. C’est bien, d’être marqué. Je veux dire, au moins, on fait vivre des émotions aux gens. Après voilà, comme mon collègue disait, ça va partir… on va pas partir « c’est la fête »…

Philippe Bas : Dans la saison 6 tout le monde meurt… (rires)

Raphaël Ferret : Et puis petit à petit, on va retrouver une légèreté, on va retrouver une certaine légèreté, toujours avec quelques épisodes concepts comme ce qui se fait un peu chaque saison, typique des séries. Pour l’instant, je trouve qu’on est en train de faire une belle saison.

 

— Il y avait de nouveaux défis pour vous, en tant qu’acteur, pour la saison 6 ? Justement, à cause de ce qui s’est passé pour votre personnage dans la saison 5 ?

Raphaël Ferret : Des défis, je dirai pas des défis, mais en tout cas, des choses différentes à jouer pour moi. C’est vrai que c’est très agréable, c’est ce que disaient Philippe et Odile. On a la chance d’avoir des choses différentes à jouer et d’être souvent surpris, ce qui fait que le personnage de Chloé a vécu tellement de choses. C’est normal qu’au bout d’un moment, bon… Mais c’est vrai que pour le personnage d’Hyppolite par exemple, il commence à lui arriver pas mal de choses aussi. C’est hyper intéressant pour un acteur. On n’a pas la lassitude de se dire « bon là, je pars faire mon truc ». Et puis on sait qu’on va avoir des choses à jouer dans les saisons. On sait qu’on aura au moins un ou deux épisodes où on aura vraiment des choses à faire, et c’est très très agréable.

 

Retrouvez les autres articles de l’édition 2015 :
Journal de bord
Table ronde Esprits Criminels
Table ronde How To Get Away With Murder
Conférence de presse Empire
Table ronde Grey’s Anatomy

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Sériecalement vôtre

08 juin 15

MONTE CARLO 2015 : C'EST (PRESQUE) PARTI !!

 

Affiche Monte Carlo

 

2015 n’est pas seulement l’année du 55ème anniversaire du festival TV de Monte Carlo, c’est aussi l’année de ma première venue à cet évènement, qui se tient du 13 au 18 juin. Je ne vous ferai pas l’affront de vous présenter ce festival, mais pour ceux qui débarquent fraichement dans la planète séries, Monte Carlo, c’est :

— La succession de vedettes de séries, US, mais pas que (les françaises sont présentes elles aussi). Il y a aussi d’autres personnalités non issues de séries TV.

— Des rencontres entre vedettes et fans, via des séances de dédicaces…

— Des conférences de presse, interviews avec ces vedettes

— La compétition des Nymphes D’Or pour les catégories Séries TV, Mini-Séries, Films de Télévision, Actualités…

— Et pour la première fois, des conférences professionnelles autour du secteur

Voilà dans les grandes lignes.

Ayant la chance d’y assister cette année, je publie ce post pour inaugurer la nouvelle rubrique de mon blog sur le festival. Tout au long des festivités, j’essaierai de mettre à jour quotidiennement un journal de bord. J’essaierai aussi de publier des résumés de séances : conférences de presse, conférences professionnelles, néanmoins, à voir en fonction de mon planning…

NB : Les articles comporteront sûrement des spoilers sur certaines séries, donc attention ;-).

Je vous dis à bientôt sur le blog ! 

Retrouvez les articles de l'édition 2015 ici et les photos dans la galerie.

 

Sériecalement vôtre,

VK

19 juil. 13

SERIE SERIES 2013

 

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Séance "Real Humans"

Samedi 6 juillet, je me suis rendue au festival Série Séries à Fontainebleau. Le beau temps fut au rendez-vous, ce qui rendit cette journée agréable. Assister à l’étude de cas Real Humans dans le théâtre municipal la rendit encore plus.

Si vous ne connaissez pas cette série suédoise, je vous la conseille vivement car elle est excellente. Vous pouvez lire si vous en avez envie ma review. En une phrase, la série présente un monde où des robots, appelés hubots, sont utilisés par les hommes pour réaliser diverses besognes.

 

Stefan Baron, directeur des programmes fiction et sports de la chaîne SVT qui diffuse la série (à droite sur l'image) ; Henrik Widman, producteur (2ème à gauche en partant de la droite) ; et Marie Robertson, interprète de Bea (3ème à gauche en partant de la droite) ; participèrent à cette session. Les échanges furent d’abord précédés d’un extrait du début de la saison 2 (une version de travail), dont voici quelques éléments :

ATTENTION SPOILERS – ATTENTION SPOILERS

*Un virus informatique menace les hubots. L’un des hubots contaminés s’attaque à un humain dans le métro et Inger est témoin de la scène.

*Bea rencontre deux ouvriers... rencontre mortelle pour l'un d'entre eux.

*Vera est maintenant chez les Engman (et irrite Hans…).

FIN SPOILERS – FIN SPOILERS

 

La projection s’est prolongée avec une séance de questions-réponses.

*On a appris qu’un pilote de 8 minutes avait été réalisé pour convaincre la chaîne.

*Le budget avoisine les 750-850 mille euros par épisode, aussi bien pour la saison 1 que la saison 2. *La saison 2 ira vers plus de suspens. Il y aura un durcissement du conflit entre groupes favorables à la cohabitation humains/hubots et groupes défavorables à cette évolution. D’ailleurs, un parti politique fera son apparition au cours de cette saison.

*La saison 2 sera diffusée à partir du 1er décembre en Suède. La date officielle pour Arte n’a pu être dévoilée.

*Une saison 3 est d’ores et déjà prévue et devrait entrer en développement cet automne.

*Stefan Baron ne voit pas Real Humans comme une série de science-fiction en premier lieu, mais plutôt comme une série explorant notre société.

*SVT a diffusé Les Revenants (Canal plus) sur internet puis à la télévision. La série a été bien accueillie.

(Liste non exhaustive)

 

Je suis contente que la série aille vers une troisième saison car il y a tant de possibilités d’intrigues. D’ailleurs, les créateurs/producteurs avaient conçu Real Humans en y laissant une porte ouverte pour une vie au-delà de la première saison. Je n’ai pas vu le temps passer lors de cette séance. Et clou du spectacle, j’ai pris une photo avec Marie Robertson, alias Bea ! Yes, I really met a hubot^^ !

 

 

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Séance "According To Robert"

L’après-midi, j’ai découvert le pilote d’According To Robert, série hollandaise. Elle raconte l’histoire de Robert, cinquantenaire chassé hors de chez lui par sa femme, après avoir succombé à un acte de violence. Déboussolé, il va devoir reprendre sa vie en main…

 

Le pilote est rythmé, les dialogues fusent, on va à 100 à l’heure (ce qui est compréhensible car l’épisode ne dure que 25 minutes). On suit un (anti)héros qui voit sa vie chamboulée et doit apprendre à faire avec et avancer, tant bien que mal. Il rencontrera d’ailleurs un jeune garçon qui jouera un rôle majeur dans sa reconstruction (d’après ce que j’ai compris…) et aura droit à des séances chez une thérapeute. Les personnages semblent intéressants et avec chacun leur part de folie. Toutefois, le pilote est un peu trop loufoque à mon goût. De plus, le facteur déclencheur de la remise en question du héros ne (me) permet pas d’adhérer totalement à ce dernier. En effet, Robert gifle sa femme parce qu’il n’était pas content, le monsieur, et je n’aime pas trop ce genre de violence. Vous pourrez penser que j’en fais toute une histoire, que cette série n’est qu’une comédie et donc je prends les choses trop au sérieux, pourtant, ce genre d’attitude m’horripile. J’aurais préféré un autre « pétage » de plomb pour déclencher l’histoire, du style le type n’est pas content et se met à tout casser dans un supermarché du coin, sous les yeux éberlués des clients et caissiers. Je trouve ça plus drôle. J’ai cependant aimé la réalisation et ce choix de « faire revenir » Robert et sa thérapeute en tant que spectateurs et commentateurs dans les flashbacks montrant les « crises » de Robert. Globalement, cette série a l’air vraiment sympathique et promet de bons moments de rires et situations cocasses.

 

Après la projection, le réalisateur Joram Lürsen (à gauche sur la photo) est venu nous en dire plus sur la série.

*Peter Blok et Maria Goss, mariés à la ville comme dans la série (Peter joue Robert), ont créé la série et ont développé l’idée lors de vacances en Croatie. C’est Maria, aussi auteur de théâtre, qui a écrit les épisodes. Joram Lürsen a collaboré à l’écriture en y apportant ses avis, ses commentaires.

*La version finale d’According To Robert est très différente de la version originale. Ceci s’explique par des problèmes budgétaires.

*La première saison compte 8 épisodes de 25 minutes. Elle a bénéficié d’un budget d’environ 120 mille euros par épisode.

*Chaque épisode a nécessité 3,5 jours de tournage. A noter que toutes les scènes se déroulant dans le cabinet de la thérapeute ont été tournées en premier. Cette modalité de tournage a été facilitée par le faible nombre d’épisodes.

(Liste non exhaustive)

 

Après la séance According To Robert, le premier épisode de la saison 3 de Downton Abbey fit son apparition sur les écrans.

Bilan de la journée : elle est passée très vite, mais elle fut très agréable. Vous trouverez les photos de la journée dans la galerie photo. Un léger bémol tout de même : ce serait bien que le festival dure tout le week end également^^.

 

Et vous, y étiez-vous ? Qu’en avez-vous pensé ? 

 

Sériecalement vôtre,

VK

14 déc. 12

SALON DES SERIES ET DU DOUBLAGE (17/11/2012)

 

Samedi 17 Novembre 2012, je me suis rendue au 9ème salon des séries tv et du doublage, organisé par l’association Sérialement vôtre. A vrai dire, j’ignorais l’existence de cette association et donc de cet évènement. Je les ai découverts par un pur hasard, grâce à la bloggeuse et amoureuse des séries, Lubiie, via l’un de ses tweets (qui a dit que twitter ne servait à rien ?). Cela tombait bien car ce week end du 17, j’avais envie de me reposer et donc, apprendre qu’un tel salon existait enflamma ma curiosité. Une fois les détails de l’évènement notés sur mon agenda, je décidai de m’y rendre. C’est ainsi que j’atterris à la Maison des Mines où avait lieu la rencontre, à 10 h. Oui, j’avais fait l’effort de me lever tôt un samedi, et vous pouvez me croire, ce ne fut pas facile du tout (surtout quand on se couche la veille à une heure du matin après avoir passé des heures sur un projet). C’est découvrir l’identité de l’invité surprise, dont la venue était prévue à 11 heures, qui me motiva. Malheureusement, j’appris une minute avant d’acheter mon billet que cet invité surprise ne viendrait pas. Dépitée je fus car je m’étais levée tôt pour lui ou elle… Je pris finalement une place pour assister à la conférence intitulée « Légende du doublage » et une place pour celle intitulée « Desperate Housewives : les voix françaises des stars de la série », autre point qui m’avait motivée à venir. J’y rencontrai également sur place Lubiie qui assistait aux mêmes conférences que moi. Sentiment de solitude effacé… Une fois mes places garanties, je me rendis à la première conférence.

 

Conférence « Légende du doublage »

 

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Cette première rencontre se déroula en présence de Dominique Paturel. Son nom ne vous dit peut-être rien, d’ailleurs, moi non plus, je ne savais pas qui était cet homme. Par contre, si je vous dis le regretté JR de Dallas, là, ça vous évoque quelque chose, pas vrai ? Et bien, monsieur Paturel n’est autre que la voix française de JR. Et il ne compte pas que JR dans son pédigrée, puisqu’il a doublé Lee Majors, Robert Wagner, Michael Caine et George Peppard ! La conférence débuta avec le parcours de Dominique. L’homme naquit au Havre de parents non comédiens. A dix ans, Dominique fréquenta l’école rue Blanche, à Paris,  à l’époque (transférée à Lyon de nos jours), dans laquelle il suivit des cours de comédie, littérature théâtrale, poésie, ainsi que des cours de sport, car cette école se voulait offrir une éducation complète. Au cours de ses études, Dominique passa des auditions (proposées par l’école). Grâce à l’une d’elles, il fut engagé pour interpréter Léandre dans Les Fourberies de Scapin. Le destin voulut que l’acteur jouant Scapin tombe malade et soit remplacé par… Dominique lui-même ! Ainsi monsieur Paturel et la troupe donnèrent 400 représentations. Dominique raconta être retourné à l’école rue Blanche, mais l’établissement lui avoua que finalement, avec l’expérience qu’il avait acquise, il n’avait plus grand-chose à apprendre… Dominique tenta le Conservatoire mais fut recalé au troisième tour. En croisant des membres du jury quelque temps plus tard, Dominique apprit que les jurés ne l’avaient pas retenu pour la simple raison qu’ils ne voyaient pas ce que le Conservatoire aurait pu lui apporter de nouveau…

 

Dominique Paturel continua son témoignage avec sa carrière au théâtre. Il avait fait aussi bien des représentations en salle que des représentations retransmises en direct à la télévision ou enregistrées. D’ailleurs, pour l’une d’elles, les événements prirent une tournure inédite. Paturel nous narra avec beaucoup d’humour comment, à une répétition, la scène fut littéralement inondée. En effet, l’un des décors était un immense aquarium avec des poissons. Pendant la répétition, la température de la salle avait grimpé, à cause de l’utilisation de plusieurs lampes (nécessaires pour l’enregistrement). Arriva la pause déjeuner pendant laquelle les lumières furent éteintes. Conséquence : refroidissement de la pièce qui provoqua l’explosion de l’aquarium ! Résultat : de l’eau et des poissons aux quatre coins de la salle ! Sachant que l’enregistrement reprenait à 13h30, l’affaire s’annonçait critique, mais heureusement, les techniciens réussirent à fabriquer un aquarium en un temps record et l’histoire reprit son cours comme si rien ne s’était produit… Dominique enchaîna avec d’autres souvenirs personnels, dont celui où, après son mariage, il partit répéter une pièce et son épouse, tourner une scène essentielle d’un film (exigée par le réalisateur la veille)…

 

Dans les années 60, Dominique tourna dans plusieurs séries de l’ORTF. Séries grâce auxquelles son nom commença à être connu du public. Sa photo se retrouva sur plusieurs couvertures de magazines. Dominique réalisa qu’il lui aurait fallu vingt ans pour réunir autant de personnes à ses représentations au théâtre pour atteindre le même chiffre de spectateurs qu’il réunissait en une soirée de diffusion. Paturel avoua avoir été heureux de jouir du luxe de pouvoir accepter et décliner des projets en fonction de sa sensibilité artistique. Ce choix de faire ce qui lui plaisait fut en partie du à son travail de doublage, précisa-t-il.

 

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En ce qui concerne le doublage, Dominique entra dans cet univers par hasard. Il était venu chercher son épouse après sa séance de travail et on lui suggéra de se lancer dans cette activité. Quelques jours après avoir fait un essai, Paturel fut engagé. Il travailla sur plusieurs films Disney : La coccinelle, Quatre bassets pour un danois, Robin des bois… Il doubla Roy Thinness dans Les Envahisseurs. Thinness lui envoya même à Noel une carte avec un recueil de poèmes composés par lui. Côté séries télévisées, il prêta sa voix à Lee Majors dans L’Homme qui valait trois milliards. Quand Lee Majors récidiva avec L’Homme qui tombe à pic, Dominique Paturel fut écarté du doublage. Il nous raconta que lors d’une réception, un responsable de chaîne lui confia avoir été dépité qu’il n’ait pas été retenu, car la nouvelle voix française de Majors ne collait pas du tout… Il doubla Robert Wagner, confessa qu’il adorait son personnage dans NCIS trompant son monde avec classe. Il doubla également Georges Peppard dans L’Agence tous risques et partagea une difficulté non négligeable rencontrée pour le doublage d’un épisode. A l’époque, la chaîne exerçait une auto censure et avait rédigé une liste de mots à ne pas utiliser dans la série. Parmi eux, le mot cercueil. Or, un épisode montrait des trafiquants recourant à des cercueils pour le transport de leur marchandise et par conséquent, ce mot occupait le premier rang. Aucune exception ne fut accordée et les doubleurs durent désigner cet objet par le mot boite…

 

Arriva sur les écrans français Dallas. Paturel fut convoqué par la chaîne pour faire des essais pour le rôle de Bobby Ewing. La chaîne ne retint pas Dominique. Cependant, elle l’exhorta à faire un essai sur un personnage peu important (en tout cas, aux débuts de la série), à savoir JR. Finalement, échouer sur Bobby ne s’avéra pas dramatique, quand on sait le rôle incontournable et inoubliable qu’a pris JR au fil de la série… D’ailleurs, Dominique rencontra Larry Hagman à plusieurs reprises. Pour l’émission Champs Elysées dans laquelle Hagman fut invité. Au festival de Montreux (en Suisse) lors de la soirée de gala où les organisateurs avaient fait venir tous les doubleurs internationaux. Quand Hagman vint faire la promotion de son livre Hello Darling. Enfin, lors d’une émission pour LCI. A noter qu’au départ, Dominique avait été convié à une participation par téléphone, à cause du manque de place dans le studio. En direct, Hagman insista pour le faire venir de suite, et c’est ainsi qu’on dépêcha une voiture pour chercher Dominique. La conférence fut l’occasion d’apprendre que Dominique avait été à l’origine du ricanement de JR. Un jour, après avoir doublé plusieurs épisodes les uns à la suite des autres, Dominique terminait avec une réplique cinglante de JR. Dans la version originale, Hagman se taisait après sa réplique. Dans le studio, Paturel avait involontairement ajouté un petit rire qui fut gardé, malgré les protestations de Dominique qui trouvait cette idée ridicule. Rien ne fut changé et Larry Hagman reprit même ce rire par la suite ! Dominique reprit son service sur JR avec Dallas 2012. Cette fois-ci, il est le seul doubleur dans le studio pour doubler les scènes où JR apparaît, quand bien même il y aurait d’autres personnages dans la scène. Malheureusement, cette fois-ci, l’aventure sera courte car Larry Hagman vient de nous quitter… Au revoir, J.R…

 

Cette rencontre fut passionnante. Elle permit, à la totale ignorante que je suis, d’en apprendre plus sur cet homme et le doublage.

 

Sériecalement vôtre,

VK