20 déc. 15

​AVANT-PREMIERE “WEI OR DIE”, FRANCE TV

 

wei

 

J’avais été invitée à l’avant-première de WEI OR DIE (merci à Bigger Than Fiction) organisée dans les locaux de France Télévisions le 21 octobre, avant sa sortie officielle sur internet le 28. La projection fut suivie d’un échange entre l’équipe du film, les partenaires ayant contribué au film, et le public.

Ce film interactif, de Simon Bouisson, plonge le spectateur dans le week end d’intégration (en abrégé WEI) cauchemardesque d’étudiants en première année d’une grande école de commerce. Si vous n’avez aucune idée de ce qu’est un WEI, pour résumer, le WEI est comme un rite de passage pour les étudiants d’écoles de commerce/d’ingénieurs qui se retrouvent le temps d’un week end dans un lieu précis (en dehors de l’école, un voyage est nécessaire pour accéder au site) pour des activités plus ou moins arrosées. Le WEI fait souvent l’objet de polémiques, à cause du niveau d’alcool et des bizutages…

 

Regarder le trailer ici.

Regarder le film ici.

 

Des films, il y en a toujours, me direz-vous, mais celui-ci est particulier. C’est la première fiction interactive de la Direction des Nouvelles Ecritures de France TV. Le film propose une expérience unique pour le spectateur : ce dernier suit les aventures des protagonistes en changeant de point de vue en fonction de ce qu’il souhaite regarder, grâce à une playlist située en bas de l’écran. Plusieurs timelines ont été créées, correspondant à une partie de l’histoire : plusieurs séquences peuvent se dérouler en même temps, l'internaute n’a plus qu’à faire son choix pour voir telle ou telle séquence, un bout d’une séquence, puis passer à une autre et revenir à la première, etc. Dans WEI or DIE, les playlists correspondent à un device d’enregistrement vidéo : smartphone, caméra, tablette… utilisé par les étudiants pour immortaliser le WEI. Selon leur localisation pendant l’histoire et l’heure d’enregistrement, le spectateur assiste à divers évènements à divers moments du WEI. Ainsi, il devient "maître" de la façon dont il visionne l’œuvre et ne subit plus une suite de scènes selon le choix du réalisateur. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de scénario construit, il s’agit d’une expérience de visionnage différente.

En France, il y a peu de fictions interactives à l’heure actuelle. Le projet a nécessité 3 ans de tournage, une dizaine de caméras, et un tournage de seulement 11 jours pour obtenir une totalité de 90 minutes de rushs. Le film en lui-même dure 45 minutes, ce sont 90 minutes partagées entre les différentes pistes d’enregistrement. La notion d’interactivité a été un challenge pour la production, dans tous ses aspects : écriture, tournage, montage. Bien que certaines scènes sont censées avoir été filmées par des smartphones, lors du tournage, ce ne sont pas des smartphones qui ont été utilisés, mais bien des caméras, pour des raisons techniques (qualité de l’image). L’équipe technique s’est ensuite arrangée pour qu’à l’écran, le spectateur ait l’impression qu’il s’agit bien de vidéos prises par des smartphones. Enfin, WEI OR DIE a été récompensée par le prix de la meilleure œuvre transmédia internationale au Liège Web Fest (festival international de la web série, du transmédia et des œuvres numériques).

Du côté producteurs et partenaires, on compte : la Direction des Nouvelles Ecritures de France TV, Cinétévé, Résitance Films, Keblow (qui a fourni la technologie mise à disposition des internautes pour visionner le film), Pictanovo, ciclic, le CNC.

 

Mon avis :

WEI OR DIE se distingue clairement des fictions traditionnelles en donnant la possibilité au spectateur de choisir ce qu’il veut regarder à un instant t du film. L’interactivité n’empiète pas du tout sur la qualité du scénario mais au contraire, pousse à davantage de réflexion par rapport à l’organisation et la nature du contenu. C’est plus un défi qu’un obstacle. L’histoire doit avant tout être crédible, logique, intéressante, et ensuite, les offres d’expériences arrivent. Il me semble que tous les thèmes ne sont pas propices à l’expérience proposée par WEI OR DIE. Par exemple, j’imagine mal une histoire d’amour qu’on pourrait regarder selon plusieurs points de vue… A moins de la faire coexister avec plusieurs intrigues. Pour WEI OR DIE, l’idée est judicieuse : on peut suivre ce que plusieurs étudiants ont pu filmer au cours du WEI, il y a des choses étranges qui s’y passent et du suspens (je ne vous en dirai pas plus pour ne pas vous gâcher la surprise !). Cela m’a rappelée la série Boomtown dans laquelle on avait les points de vue de chaque protagoniste témoin d’un même évènement.

Il est encore un peu tôt pour prédire la réception des spectateurs et le succès par rapport à d’autres modalités d’interactivité. Je pense que l’expérience WEI OR DIE plaira à certains internautes, dans une époque où l’on veut maîtriser sa consommation (regarder n’importe quand et sur n’importe quel device). Il existe déjà des web séries où l’internaute peut se construire son propre ordre des épisodes, comme H+ de John Cabrera et Cosimo de Tommaso (lire le résumé de l’avant-première Canalplay ici). WEI OR DIE offre un contrôle du visionnage, selon une autre méthode. Cet usage est encore nouveau, il faudra un peu de temps pour qu’il soit compris et adopté par le plus grand nombre. A commencer par les équipes créatives elles-mêmes, la conception d’une telle fiction nécessitant une approche différente mais tout aussi intéressante.

 

Est-ce que le modèle WEI OR DIE est réplicable sur d’autres films de plus longue durée et séries ? Et est-ce une nouvelle concurrence aux films/séries traditionnels ? Je pense que ces consommations sont davantage complémentaires qu’ennemies car la logique est autre. Certains seront plus sensibles au modèle WEI or DIE, d’autres au visionnage traditionnel où l’on regarde les choses dans l’unique ordre pensé par les créatifs, d’autres seront ouverts au deux. Les séries pourraient bénéficier d’une nouvelle forme d’interactivité : on proposerait des vidéos courtes reprenant une scène critique d’un épisode (ou un petit ensemble de scènes) et les fans pourraient la revoir selon plusieurs angles/points de vue…

La technologie utilisée pour WEI OR DIE a été conçue pour internet, peut-être sera-t-elle compatible avec la télévision un jour. Je suis sûre qu’il y aura toujours de la place pour les œuvres, quels que soient leur nature, objectif, plateforme de diffusion, et expérience spectateur offerte. Je suis et reste convaincue que la base, c’est l’histoire. Sans bonne histoire au début, on pourra inventer toutes les formes d’interaction possibles pour le spectateur, il ne sera pas intéressé s’il n’est pas en premier lieu captivé par l’histoire. La stratégie s’élabore autour de l’histoire, pas l’histoire autour de la stratégie.  

 

Regarder le film ici.

 

Sériecalement vôtre,

VK


29 avr. 14

BAND OF BROTHERS (FRERES D'ARMES)

 

band4

 

Je peux affirmer que je ne me lasserai pas de regarder cette mini-série (diffusée jusqu'à présent sur France Télévisions puis 6ter en France). Emouvante et magistrale. A commencer par le générique qui prend aux tripes (et est l’un de mes préférés) : il nous plonge immédiatement dans le souvenir, l’émotion, le respect, qui nous accompagneront tout au long des épisodes. 

Générique

Les témoignages des vétérans renforcent ces sensations. On s’attache aux hommes qui se sont portés volontaires pour combattre, on est reconnaissant pour ce courage et sacrifice, et on ne veut plus qu’une telle absurdité se reproduise. Les hommes sont doués pour s’autodétruire. Heureusement, ils apprennent aussi des tragédies du passé (pourquoi faut-il une tragédie pour que les consciences s’éveillent ?).

 

Je ne vais pas faire un retour sur le contenu des épisodes car ce serait absurde, bien qu’en fouillant un peu, il y avait quelques raccourcis historiques (je suppose que ce n’est pas la seule fiction à en faire). J’ai plutôt envie de m’attarder sur la réalisation, la mise en scène, incroyable. La production y est allée fort et le résultat est époustouflant. Je ne connais rien en stratégie militaire, mais je trouve que les scènes de combat sont réalistes (parfois rendues plus courtes pour la télévision par rapport à la réalité, les impératifs de durée d’épisode ne permettant pas de les éterniser). Le téléspectateur est immergé au coeur de l’action, comme s’il était lui-même un des soldats. Il y a une telle précision, maîtrise dans la capture des déplacements des soldats, des échanges de coups de feu et des explosions des obus. Cette précision se retrouve dans les décors : villages en ruines, forêt de Bastogne, camp de concentration (jusqu’à l’allure squelettique des prisonniers et les charniers). Tous ces éléments confèrent à la série une grande force : pour moi, c’est une des plus belles séries.

 

band2

 

On pourrait se poser la question : est-ce que Band Of Brothers glorifie l’armée américaine ? Il doit y avoir un petit peu de cela tout de même (volontairement ou non). Cependant, cette idée vient en dernier, voire pas du tout à l’esprit (je me la suis posée bien des années après la première diffusion en France). A chaque fois que je regarde cette série, je suis avant tout saisie par le retour sur ce pan de l’Histoire et la qualité de la réalisation. C’est d’abord un hommage et un travail de mémoire. On suit des hommes qui se sont battus pour mettre fin à cette guerre. On admire leur bravoure, leur sens de la fraternité quand ils doivent supporter le froid et les bombes alors qu’ils sont dénués de tout et perdent leurs camarades. Cela nous donne à réfléchir quand on sait que beaucoup d’entre eux étaient très jeunes et qu’ils se sont portés volontaires. Le monde a bien changé depuis : les générations d’aujourd’hui baignent dans l’insouciance, ont des désirs matériel (parfois futiles…).
On salue ces hommes et on est également écoeuré par ce chaos mondial orchestré par la folie et cruauté d’une poignée d’individus. En cela, l’avant-dernier épisode sur la découverte des camps est le plus dur, choquant de tous les épisodes. Cette découverte occupe le tiers de l’épisode, mais comme je le disais plus haut, le soin apporté à la reconstitution est tel que cela suffit pour nous imprégner de la barbarie des hommes.

 

J’aime le fait d’avoir vu la Easy Company dans différents contextes : l’entraînement à Toccoa pour la préparation aux futures opérations ; le front en Normandie, aux Pays-Bas et en Belgique ; puis la fin de la guerre où les hommes redécouvrent les joies d’un monde sans combats (saisissant contraste entre le paysage idyllique en Bavière et les champs de bataille). J’aime aussi qu’on ait suivi la Easy dans sa collectivité, ce qui, parfois, fut un peu difficile, étant donné le grand nombre de soldats : combien de fois me suis-je retrouvée perdue parmi les noms. Un suivi collectif reposant plusieurs fois sur le point de vue d’un membre (Richard Winters, Carwood Lipton, Albert Blythe, le doc…), donnant l’occasion d’une plongée intimiste, d’un regard sur les conséquences (physiques et psychologiques) d’une telle épreuve.

 

band3

 

Quid des allemands ? Bien que l’un des protagonistes cite une phrase d’un journal catégorisant les allemands de « mauvais », il y a une volonté dans Band Of Brothers de ne pas stigmatiser ce peuple. Certes, en période de bataille, les soldats d’en face sont les ennemis, on a envie de les détester et de leur rendre la monnaie de leur pièce. Avec le recul, on se rend compte que ces soldats allemands faisaient eux aussi leur devoir (les SS n’entrent pas dans mon propos). Ils n’étaient pas si différents des autres soldats (américains, britanniques ou autres) : ils avaient une famille, un métier avant le conflit. Les vétérans le disent bien : ils partageaient certainement des points communs et dans d’autres circonstances, ils auraient pu être de très bons amis. Le monde a voulu que dans les années 1940, ils soient ennemis et s’entretuent.

Le discours de l’officier allemand montre le parallèle entre ses hommes et lui et les armées alliées : chaque clan s’est battu avec honneur et courage, a surmonté soudé les pires épreuves. Le capitaine Winters hésite avant de tuer le jeune soldat allemand. Il le fallait parce que c’était soit lui, soit ce soldat, mais on voit bien que le soldat n’est qu’un petit jeune qui aurait pu vivre une belle vie mais s’est retrouvé piégé dans un contexte politique et historique. La remise du Luger de l’officier allemand à Winters, la discussion entre le soldat US et le soldat allemand au poste de garde symbolisent la fin du conflit, le partage de valeurs (respect entre soldats), le dialogue entre deux anciens ennemis.

Je vous propose de regarder la mini-série Generation War qui repose sur le point de vue de soldats allemands, très intéressante. D’une part, parce qu’on suit de jeunes berlinois pris dans la tourmente de cette guerre : d’abord confiants et exaltés par les promesses d’un monde meilleur, ils découvrent l’horreur du front et de l’âme humaine. D’autre part, parce que c’est une production allemande.

 

Pour résumer :
Band Of Brothers : une magnifique série, un superbe travail de réalisation, un très bon équilibre en scènes de bataille, moments de repos des soldats et témoignages d’évènements (découverte des camps, rasage du crâne des femmes ayant eu une liaison avec des allemands…).

 

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Sériecalement vôtre,
VK