12 févr. 16

AVANT-PREMIERE VYNIL (OCS/CANALSAT)

(Attention SPOILERS)

 

vynil

 

J’ai eu la chance d’assister à l’avant-première de Vynil, qui s’est déroulée au Palais de Tokyo à Paris, quelques jours avant sa diffusion officielle sur HBO le 14 février. L’évènement a été organisé par OCS et Canalsat.

Le pitch ? La série suit le parcours de Richie Finestra, le directeur d’un label implanté à New York qui essaie de se faire une place dans l’industrie de la musique, dans les années 1970, en oscillant entre raisonnement économique et envie de sortir des sentiers battus. Cette série est très attendue puisqu’elle est née de la collaboration de trois pointures : Mick Jagger, Martin Scorsese et Terence Winter. Avec de tels noms au générique, cette série en devient un "must-see" !

 

Mon avis ? L’histoire est intéressante, le pilote introduit le panel de personnages et les enjeux. Même si Richie Finestra est au centre du pilote (Bobby Cannavale excelle dans ce rôle), il est évident que les autres personnages n’en sont qu’au début de changements qui vont bouleverser leur vie et on espère les revoir beaucoup plus par la suite. Je l’espère sincèrement car il faut reconnaître que Richie était parfois trop présent dans ce pilote. Il y a de quoi faire, entre la jeune secrétaire ambitieuse (Juno Temple), espérant gravir les échelons du label de Richie ; le chanteur de rock qui va sûrement tout faire péter (James Jagger) ; la femme de Richie (Olivia Wilde) qui, je pense, soit finira par aspirer à autre chose que d’être mère au foyer, soit ne supportera plus le mode de vie de son mari ; le chanteur de blues dont on a flingué la carrière prometteuse…

Le show offre par ailleurs une reconstitution soignée des années 70, notamment sur ce à quoi ressemblaient New York et l’industrie musicale à cette époque. Mes oreilles ont cependant souffert de certains moments musicaux assourdissants, mais j’ai aussi beaucoup apprécié les morceaux de blues. La production a veillé à accorder une attention particulière aux détails et il en résulte que les spectateurs auront l’impression de vivre cette ambiance comme s’ils y étaient vraiment. Surtout son côté obscur… Je n’imaginais pas que la société pouvait être décadente à ce point-là… 

C’est une série clairement sexe, drogue et rock’n’roll, avec des situations et répliques comiques, et elle vaut la peine d’être essayée. Quelques bémols, cependant. La longueur du pilote, certains éléments étaient de trop. D’autres sont des réminiscences de thèmes déjà vus. Comme impliquer accidentellement Finestra dans une disparition violente (j’ai pensé à Lucious Lyon dans Empire qui a du se salir les mains pour protéger ses intérêts). Je ne suis pas une grande fan de rock, je ne sais pas si on peut appeler cette série un chef d'oeuvre seulement après avoir vu le pilote, mais je dois avouer que c’était une expérience intéressante qui nous rappelle comme la musique de l’époque était top (ah, ABBA...).

 

Le saviez-vous ?

Philippe Manœuvre est venu partager quelques anecdotes sur la genèse de la série. L’idée est née dans l’esprit de Mick Jagger il y a 15 ans. A l’époque, il souhaitait produire un film sur une maison de disques dans les années 70 et a partagé son idée avec Martin Scorsese. Il en est ressorti un projet de film d’une durée initiale de trois heures… qui finalement est devenu une série télévisée.

L’histoire commence en 1973, année qui fut propice à la scène musicale. Les années 1970 ont également été une époque où New York a vu le taux de criminalité grimper, ce qui laissait la voie à l’insertion d’arches narratives impliquant des organisations criminelles.

 

Découvrez la série dès le 15 février en US+24 sur OCS City (ou via les offres Canal) et le documentaire 'Shine A Light' qui suivra le pilote.

En attendant, voici une bande annonce :

 

Sériecalement vôtre,

VK


11 févr. 16

VYNIL PREMIERE (IN FRANCE)

(This article contains SPOILERS)

 

vynil

 

I was lucky to attend the Vynil premiere that was held in the Palais de Tokyo, in Paris, few days before the official release on HBO, on February 14. The event was organized by two French TV players: OCS (operated by Orange, a telco operator) and Canalsat.

The pitch? The series follows Richie Finestra, a New York music executive who tries to make a career out of the music industry, in the 70s. What will he chose between business priorities and going off the beaten track? The series is quite expected because of the people who are behind it: Mick Jagger, Martin Scorsese and Terence Winter. Hence, it is already labeled a must-see show.

My opinion? The story is interesting, the pilot introduces the panel of characters and the stakes. Even if Richie Finestra was at the center of the pilot (Bobby Cannavale is excellent in the role, nice hair cut^^), it is quite obvious the others are on the verge of going through big changes. I hope we can see them much more in the next episodes because even though Finestra is an attractive character, there were sometimes too many Finestra scenes in the pilot. There can be a lot to do with the other heroes : the young assistant (Juno Temple) who is aiming at climbing the social ladder in Richie's label, the young singer (James Jagger) who will surely stand out, Richie's wife (Olivia Wilde) who, I think, will balance between being a housewife and seeing her husband going on a slippery path, and the former promising blues singer (Atto Essandoh) who had been "betrayed"...

The series offers a neat reconstruction of the 70s, in terms of what New York and the music industry looked like back in the day (my ears suffered from some musical moments that were too loud but I really liked the blues songs). The production paid a particular attention to the details and it turns out viewers could immerse themselves in this atmosphere, especially in the dark side of it (I did not imagine decadence could reach that level...).

Well, this series is truly "sex, drugs and rock'n'roll" with funny quotes and situations, and is worth trying. The downside of it lied in the length: some elements were not necessary, others rang a bell, like the accidental involvement of Finestra in a sudden and violent disappearance (I thought about Lucious Lyon who had to handle some obstacles to his success himself). I'm not a big fan of rock, I don't know if we can call this series a masterpiece, from the sole first episode, but I admit this was a nice experience that makes us remember how music was good in those days.

 

Fun facts:

The project was born in Mick Jagger's mind 15 years ago. He wanted to make a film about a record label and reached out to Martin Scorsese to share his idea. The two came up with a film that would last three hours. It finally became a series years later.

The story begins in 1973. This year has been chosen because it has been a great year for music. Moreover, having the 1970s as historical background allowed the production to create a story arc in which criminal organizations could be involved, indeed, back in the day, New York faced a high criminality rate. 

 

Below one trailer:

 

Seriecalement vôtre,

VK

04 mai 14

SERIES MANIA SAISON 5, TABLE RONDE "LES SERIES LOW-BUDGET, UNE CONTRAINTE STIMULANTE ?"

 

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Intervenants (de gauche à droite) :

Paul Marquess, Newman Street => "Suspects", diffusée sur Channel 5 (UK)
Bertrand Cohen, Terence Films => "Cut", diffusée sur France Ô
Marie-Agnès Bruneau, C21
Agatha Walkosz, Media Brigade => "The Deep End", diffusée sur TVP (Pologne)
Stéphane Drouet, Making Prod => In America, diffusée sur OCS

Table ronde animée par Marie-Agnès Bruneau

 

Le marché de la fiction a connu un essor considérable depuis ces dernières années. En 2013, la France comptabilisait 782 heures de fictions produites, dont 678 heures de séries. Pour ces dernières, le nombre a connu une hausse de 50% par rapport à 2012.
Les chaînes de la TNT et les chaînes thématiques s’attaquent également à ce marché : 45 heures en première diffusion pour la TNT, 32 pour les chaînes historiques. Néanmoins, il ne s’agit que de diffusion, ces acteurs n’ont pas encore de stratégie claire, exception faite pour OCS, TMC.
Cette embellie pour la fiction n’est pas sans pression budgétaire. En effet, la fiction représente le genre le plus cher : en moyenne 900 mille euros par heure (CNC, 2013). Cependant il faut se rappeler que les fictions occupent en général les cases du prime time, ceci a donc un impact sur le coût.
Avec les enjeux en termes d’audiences, le risque pris avec les projets qui peuvent ne pas marcher auprès du public, on comprend les réserves des acteurs du marché aux investissements conséquents. Se pose alors la question suivante : peut-on faire des séries à faible coût, des séries low-budget, sans pour autant renier sur la qualité (en cela, il ne faut pas confondre série low-budget avec série low-cost !) ?

 

Quelques mots d’introduction sur les séries :

Suspects :

La série fait les beaux jours de Channel 5, chaîne tournant autour des 4% de pda et n’ayant pas une forte tradition dans la commande de séries. Par le passé, le Royaume Uni se distinguait par une pléthore de séries à moyen/faible budget, mais elles ont toutes disparues depuis. Subsistent les drama à grand budget. Dans le cas de Suspects, Paul Marquess a eu l’idée de produire un drama sans dépenser une fortune, persuadé qu’un drama n’avait pas forcément besoin d’être cher. Il a été sollicité par Channel 5, qui n’avait pas commandé de drama pendant une dizaine d’années.
Suspects a été une belle surprise autant par l’accueil positif qu’elle a reçu lors de la projection presse que par son coût qui s’est avéré moindre que celui que la chaîne avait envisagé.
Cette série a la particularité de s’appuyer sur l’improvisation des acteurs. Toutefois, chaque épisode repose sur un script avec une intrigue dont les étapes sont définies à l’avance : l’improvisation intervient au niveau des dialogues.
Le tournage des scènes ne dépasse pas trois prises pour chacune.

Cut :

La série est diffusée sur France Ô, la chaîne de France Télévisions ayant le moins de moyens. Terence Films devait donc proposer un projet cohérent et de qualité face à cette contrainte budgétaire, et également un projet qui puisse être exporté. Terence Films réalisant une grande part de marge à l’étranger, la capacité à l’exportation entrait en jeu dans l’élaboration du projet.
La série s’appuie sur un dispositif transmédia : les personnages ont une page Facebook alimentée pendant et en dehors de la diffusion, pour donner une dimension de réalité. Ce dispositif présente un autre avantage : vérifier l’adhésion du public à la série. Vous trouverez plus d’informations sur ce dispositif sur Bigger Than Fiction.
Une saison 2 a déjà été commandée.

The Deep End :

La série compte deux saisons à ce jour, une troisième est en préparation. Elle est née à l’occasion d’un concours organisé par le Ministère des Finances et du Travail polonais, dans le cadre de la promotion des métiers des services sociaux. Le ministère a contribué au financement, de même que l’Union Européenne.
The Deep End a connu un succès critique et à l’international : elle a été récompensée aux festivals de Monte Carlo, Chicago, Turin, et a été vendue à 10 pays.
Les soap opéras sont plus fréquents dans le paysage télévisuel polonais, il y a très peu de drama en prime time.

In America :

In America est une idée des comédiens principaux. Ils ont soumis le projet à Making Prod qui l’a proposé à OCS. La chaîne a signé sur la base d’une bible et d’un épisode dialogué (ses modalités de sélection des projets diffèrent de celles des autres chaînes).
La série a été réalisée en 15 jours aux Etats-Unis et 6 en France. Pour les Etats-Unis, l’équipe a tourné à Las Vegas, au Grand Canyon, il y a vraiment eu une possibilité de voyager à travers le pays (sauf pour certains lieux : par exemple, les scènes à Chicago n’ont pas été faites à Chicago). Elle compte à ce jour 10 épisodes de 20-26 minutes.

 

Autres éléments abordés :

— Le rythme de tournage des séries low-budget est intensif. La réussite du tournage repose sur une excellente préparation en amont.
— La participation des acteurs n’est pas forcément subordonnée au cachet. Ils sont d’abord intéressés (en général) par la valeur du projet : si l’histoire, l’équipe leur plait, ils acceptent de mettre au second plan la question de la rémunération. Ainsi, série low-budget ne signifie pas automatiquement impossibilité d’avoir d’un acteur, réalisateur ou producteur renommé. Par exemple, The Deep End compte parmi son équipe un acteur connu en Pologne.
— Au niveau de la liberté de création, In America a eu les mains libres. Sur Cut, il y a eu des aller-retour, mais les décisions ont été prises rapidement étant donné le rythme intensif de la production. Pour The Deep End, le Ministère des Finances et du Travail a lu les scripts et a demandé à la production de réduire le nombre de mots vulgaires, demande que la production a suivie.
— A la question de savoir si un faible budget est uniquement une contrainte ou peut, à l’inverse, être un levier de création, Stéphane Drouet a confié que sur In America, conçue comme un road movie, les contraintes ont plus été liées aux lieux de tournage qu’au budget.
— Un budget moindre est compensé par une augmentation de la productivité : chacun doit faire des efforts au niveau de la rémunération et de la charge de travail.
— La contrainte budgétaire a des répercussions sur la façon de produire : aucune lumière n’a été utilisée sur Suspects. Paul Marquess n’aurait jamais cru cela possible avant de travailler sur Suspects. Ce genre de projet amène à tout remettre en question et favorise le dialogue entre la production cinématographique et la production de séries low-budget, car même avec peu, ces séries arrivent à conserver une qualité artistique.
— Cut a bénéficié du financement de France Ô, du CNC, de la région où la série est tournée, et de la marge du distributeur. On peut évaluer le coût de la saison 1 à 4/6 millions d’euros pour 70 épisodes. Chaque épisode de In America a nécessité 50 mille euros. OCS, le CNC et le distributeur ont participé au financement. Le budget de la saison 2 sera plus élevé. Le budget alloué à The Deep End s’élève à 1,5 million d’euros pour 13 épisodes.

N’hésitez pas à découvrir les reviews des autres séances :
Master class Nic Pizzolatto, "True Detective"
Table ronde "Exportation des séries et le format"
Table ronde "Ecrire une saison 2 : quels enjeux & risques ?"

N’hésitez pas à découvrir les photos du festival : Galerie photo

Sériecalement vôtre,
VK