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Je me permets un one shot avec cet article couvrant les saisons 3 à 5 de Downton Abbey, les saisons étant courtes et relativement sans évènements explosifs. Ce n’est pas la seule justification, en fait, ayant vu la saison 3 il y a très longtemps et les deux suivantes, l’une à la suite de l’autre, dans un passé récent (sur TMC), j’ai décidé de traiter le tout en même temps, pour éviter les erreurs d’association intrigue/saison.

De façon générale, plus les saisons avancent et plus je trouve la série meilleure. On aurait pu craindre une lassitude au bout d’un certain temps. Car qu’est-ce que vraiment Downton Abbey ? Si on devait la décrire en une phrase maximum, la série nous montre ni plus ni moins des chroniques d’une famille de la haute société britannique et celles de ses domestiques. En somme : les journées réglées par l’étiquette, les évènements mondains s’enchaînant les uns après les autres, de même que les jours ordinaires mais (trop) chargés en besognes des servants qui se répètent avec peu d’opportunités d’évolution. Downton Abbey suit ce réglage, mais en réussissant à nous fasciner : qui ne s’est pas imaginé avoir ce train de vie ? ; et surtout, à faire évoluer ses personnages dans un monde qui change (la guerre, le refus de la hiérarchie de la société telle qu’elle est depuis des siècles…). La série donne l’impression, d’un point de vue macro, que « rien » ne passe. Il n’y a pas d’enquêtes, de scènes d’action, de complots. Malgré tout, on se rend compte après cinq saisons que le domaine de Downton en a vu défiler, des histoires ! Même si certaines m’ont ennuyée, je suis charmée par ce que la série propose. 

 

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Cependant, voici ma première doléance : j’ai l’impression que les domestiques sont encore trop réduits à leur simple statut, par rapport aux Grantham et Crawley. Qu’est-ce que j’entends par là ? Cela m’a frappée tardivement, mais quand vous regardez les intrigues autour des non domestiques, ceux-ci évoluent au-delà de Downton. Ils interagissent avec le monde : ils vont à Londres, sont invités par d’autres gens de leur classe, ont des histoires d’amour et d’amitié, ont des problèmes, etc. Les intrigues sur les domestiques, en dehors du cadre professionnel, sont plus limitées, restent à leur relation avec les Grantham, Crawley et autres lords. On les voit moins interagir avec le monde extérieur de façon indépendante et aussi, leurs histoires sont moins poussées. Par exemple, Mary va à Londres pour faire telle ou telle chose toute seule, si elle est accompagnée de sa femme de chambre, on ne voit pas/très peu ce que cette dernière fait. Si un domestique va à Londres, il y a toujours un fil qui le ramène vers sa condition/la famille qu’il sert ou alors ce voyage est ellipsé et on le revoit de retour à Downton. Ainsi, Thomas est parti à Londres pour suivre un traitement, j’aurais bien voulu avoir quelques scènes où on voit de quoi il retourne, avant d’apprendre à Downton le véritable but du voyage. Ou autre exemple : Spratt est allé au mariage de sa nièce (si ma mémoire est bonne), on ne l’a pas vu dans la sphère privée mais on l’a vu en ville parce qu’il a aperçu Mary et son amant sortir de l’hôtel. De temps en temps, il y a des histoires qui n’ont rien à voir avec Downton, mais c’est rare et assez vite expédié.

Je parle de façon générale, je me rappelle encore du triste destin de la servante ayant eu un enfant avec un officier dans les premières années, pour le coup, c’était assez indépendant du cadre de Downton/de la domesticité. Après, il y aussi une contrainte de temps et de personnages : il y a peu d’épisodes par saison, on ne peut pas faire évoluer tout le monde avec la même intensité, il faut trancher. Néanmoins, quelques rééquilibrages seraient les bienvenus…

 

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Je poursuis donc avec un paragraphe sur ces rééquilibrages et les points qui n’apportent plus d’intérêt. On pourrait en parler de temps en temps, mais selon moi, ils ont pris une importance inutile.

Commençons par Mary. Dans une précédente critique, j’avais dit que son "je t’aime, moi non plus" avec Matthieu et la succession d’obstacles sur leur relation, au détriment d’autres personnages qui auraient gagné à être davantage explorés, avaient fini par m’exaspérer. Aujourd’hui, je suis toujours sous le coup de l’exaspération. Mary est un personnage qui stagne. On dirait que son rôle se borne à être la fille ainée à marier à un riche héritier pour assurer la pérennité de Downton. Après la mort de Matthew, j’espérais la voir se révéler en femme d’affaires gérant avec brio le domaine. Défi d’autant plus intéressant qu’elle vit dans un monde dirigé par les hommes. Qu’est-ce qu’on a eu ? Certes, quelques moments avec son beau-frère pour parler gestion de patrimoine. Principalement, à peine Matthew disparu, voilà qu’on nous sort aussitôt deux prétendants !! Même si Mary répète qu’elle n’est pas prête et ne succombe pas pour un temps, le spectateur est toujours en face d’une situation déjà vue : quel parti va choisir Mary ? Comment va-t-elle traverser cette situation ?

D’autre part, Mary n’a pas mûri, contrairement à sa sœur Edith : elle reste la "pourrie gâtée", autocentrée sur elle-même et son domaine, sans compassion quand il s’agit d’Edith. A la confirmation de la mort de Gregson, bien qu’on n’avait plus d’espoir depuis longtemps, Mary envoie Edith bouler. Très sympathique de la part d’une sœur qui ayant perdu elle-même l’amour de sa vie, aurait dû être la première à soutenir Edith et à la comprendre…

 

Après Mary, parlons d’Anna et de John Bates. A l’instar de Mary et sa situation répétitive d’élégante jeune lady sur le marché de l’amour, les Bates entretiennent des liens étroits avec la justice, plus précisément la prison. Après son mari, Anna fait un séjour derrière les barreaux, et ce dernier, pour la sauver, s’accuse du meurtre dont son épouse est soupçonnée et se retrouve de nouveau recherché pour homicide. Pitié… La première fois s’était éternisée, et ça recommence… J’aurais préféré le développement suivant : suite à son viol, Anna porte plainte. Cela aurait été une très bonne occasion de montrer comment les affaires de viol étaient traitées à l’époque, les injustices envers les victimes et en filigrane, la difficile condition des femmes à l’époque (sans nécessairement s’enliser dans le pathos). Ou alors, en choisissant l’intrigue autour de la mort du violeur, qu’on y mette un terme : qu’Anna soit vite innocentée grâce à un témoignage, voire qu’elle ne soit pas du tout arrêtée car la police aurait classé l’affaire. Ceci aurait permis l’approfondissement d’autres personnages, restés en retrait. Au choix : madame Hughes visitant sa sœur handicappée (la révélation tombe comme un cheveu sur la soupe…), Thomas et son traitement, l’émancipation de Daisy, Baxter qui retombe sur celui pour lequel elle a volé, etc. Dans le même état d’esprit, on aurait pu enlever/raccourcir cette histoire de prétendants pour Mary et mettre en valeur le couple Rose/Atticus. En effet, leur romance avant le mariage fut rapide ! N’avait-on pas attendu trois ans avant de voir Mary et Matthew sceller leur union ?

 

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L’abandon de poste de madame O’Brien fut inattendu et réglé à la vitesse de la lumière… Ce n’est pas la première fois qu’un domestique quitte les Grantham. On a bien eu, au tout début de la série, la femme de ménage devenant secrétaire, puis le valet traumatisé par la première guerre mondiale, et après O’Brien, le valet surpris en situation scandaleuse et celui accepté dans un hôtel de prestige. Au moins, pour ces personnes, un contexte a été développé, et le départ suivait une logique. Avec O’Brien, on a compris que la mère de Rose l’appréciait. Toutefois, sa fuite sonnait comme une solution qu’on avait dû trouver pour se débarrasser du personnage en urgence, sans réflexion (conflit entre la production et l’actrice ?).

 

Certains bonds dans le temps me paraissent inappropriés. Parfois on s’attarde sur des intrigues qui ne sont pas les plus excitantes (ex : Mary et ses amours). Puis tout à coup, on fait un saut en zappant des histoires qui auraient été intéressantes à voir (ex : la fin de la grossesse d’Edith). Nous sommes partis de 1912 et cinq saisons plus tard, nous sommes déjà dans le milieu des années 20 (il me semble). Les acteurs risquent de ne pas coller au rythme de vieillesse de leur personnage... (ok, il y a la magie du maquillage, mais cela ne fait pas tout).

D’autre part, certaines conclusions d’intrigues me paraissent encore politiquement correctes. Certains personnages s’en sortent dans la douceur malgré la gravité, pour l’époque, de leurs actions. Par exemple Rose et son chanteur de jazz noir qui ne vont pas au bout de leur relation, ou Edith qui peut compter sur la compassion de ses parents et sa tante. Peut-être est-ce compliqué d’un point de vue scénaristique de s’aventurer sur des questions scandaleuses pour l’époque considérée ? Moi, j’aimerai bien qu’on secoue de temps en temps le sac : que la vérité sur Edith soit révélée au grand jour et qu’elle affronte les médisances de la société conservatrice…

 

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Après cette proposition de points négatifs, voici les éléments qui ont rendu Downton Abbey plus forte :

Les drames qui ont bouleversé la série : la disparition, la même saison, de Sybil et Matthew. Deux jeunes protagonistes partis subitement dans la force de l’âge, alors qu’ils avaient tout pour être heureux. Ces sorties choquantes étaient ancrées dans la "réalité" : la mortalité des femmes lors de l’accouchement encore présente à l’époque et un "banal" accident de voiture s’annonçant à l’improviste.

L’arrivée de la jeune et audacieuse cousine Rose. Je l’aurais bien vue en femme moderne. Soit célibataire et vivant des aventures palpitantes (comme faire de l’aviation), soit en épouse qui travaille.

L’amitié entre Lady Violet et Isobel Crawley : une agréable surprise, une belle amitié, des discussions tintées de répliques savoureuses. Comme le dit l’adage, les contraires s’attirent. Malgré leurs divergences, ces deux femmes se respectent et tiennent à l’autre (même si elles refusent de l’admettre). Lady Violet était drôle et émouvante quand elle jouait les entremetteuses puis avait peur de finir toute seule une fois Isabelle mariée.

Le secret de Lady Violet : Absolutely outrageous !!^^ Qui l’eut cru ? Cela a l’avantage de casser son image. La comtesse douairière apparaît plus contemporaine, humaine, moins sévère.

Les histoires de cœur de Lady Violet et Isobel : plus exaltantes que celles de certains plus jeunes et proposant aux spectateurs une histoire d’amour du point de vue d’aînés (parce qu’à un moment, y en a marre des amourettes d’ados avec des pseudos obstacles…).

Le majordome de Lady Violet, Spratt : Curieux bonhomme, encore plus conservateur qu’un conservateur !

Les confrontations entre Robert et l’institutrice : explosives. Ceci-dit, l’institutrice, au-delà de ne pas avoir froid aux yeux, était bien culottée de provoquer des crises sous le toit de celui qui l’invitait…

 

Tom Branson et l’après Sybil, ou comment cohabiter avec la haute société anglaise sans oublier d’où on vient et qui on est. Ce personnage fut "torturé" par ses doutes, son sentiment de trahir ses principes. Je l’aurais bien vu reprendre la politique, poussé par l’institutrice, mais je reste satisfaite de ce qu’on lui a concocté. La femme de chambre lui tournant autour était une parfaite manipulatrice, cette histoire apportait un peu de piment. Au final, Tom a réussi à s’intégrer dans la famille Grantham et son univers, mais est resté humble. Il a su conjuguer ses deux mondes. Cracher sur cette nouvelle situation sociale et cette famille aurait été hypocrite. Il me manquera.

 

L’évolution d’Edith : Si on la compare à celle de sa sœur ainée, la progression d’Edith est de loin la plus attrayante et émouvante. C’est un des rares personnages qui a connu une nette transformation. Au départ peste et malheureuse en amour, Edith est toujours malchanceuse en amour, mais a grandi, s’est assagie. Les scénaristes ne l’ont pas ménagée, en lui faisant perdre les hommes de sa vie et en la mettant enceinte, hors mariage !! Je regrette de ne pas avoir vu une scène où Edith se sépare de sa fille à sa naissance, l’accent ayant été mis sur d’autres intrigues alors qu’il me semblait plus opportun de le réserver au moins pour ce type de scène clé. Heureusement, le déchirement et la souffrance d’Edith furent montrés lors de ses visites chez le fermier, pour voir la fille de son "amie". Ce stratagème ne pouvait pas du tout fonctionner à court terme. Il était impossible qu’Edith garde son sang-froid. De même, si sa fille avait été éloignée, Edith aurait eu un comportement, peut-être à moyen terme, qui aurait soulevé des questions. Quoi qu’il en soit, cette facette d’Edith était touchante, challenging.

 

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Madame Hughes et monsieur Carson : Sérieusement, la demande de mariage fut inattendue et un peu "bizarre". Bizarre dans le sens où je ne voyais pas du tout Carson initier ce genre de proposition, où je ne voyais pas du tout Hugues et Carson comme un couple, bien qu’on ait eu une scène sur la plage de ces derniers avançant dans l’eau main dans la main. Une amie me soufflait, devant ma perplexité, qu’il s’agissait plus d’un mariage de raison que d’amour, avis que je rejoins. On est plus fort ensemble. Carson et Hughes s’apprécient et se respectent beaucoup, ils n’ont pas forcément besoin d’être fous amoureux l’un de l’autre pour se marier. Il y a quand même de l’amour, mais sous une autre forme, plus nuancée. Cette union leur permettra de s’accompagner dans leurs vieux jours, de se soutenir en cas de difficultés, d’être tout simplement avec une personne dont ils se soucient.

 

La crise de couple Cora/Robert. Rien de révolutionnaire, mais un bon coup de fouet pour rappeler à Robert que rien n’est jamais acquis. Pour Cora, une petite aventure pour rendre sa vie monotone de comtesse moins morne, le temps de quelques épisodes. Surtout, on a la sensation que Cora ne fait pratiquement pas grand-chose, à part organiser des réceptions…

 

L’agression d’Anna. Contrairement à certains, cela ne m’a pas choquée. Non pas que le sort d’Anna me laisse totalement indifférente. J’avais lu, avant de regarder la scène en question, que celle-ci en avait bouleversé/dérangé beaucoup. J’imaginais alors que la scène avait été d’une violence inouïe. Mais rien de tel ne s’est produit. Le traitement à l’écran de l’agression fut soft (ou ça a été censuré pour la diffusion française ?). Elle est choquante dans le sens où elle se démarque du ton de la série, plutôt léger même si celle-ci traite d’évènements tragiques. On n’est pas non plus dans le film Lawless où les scènes violentes ne ménagent pas le spectateur… Cette agression reste réaliste : c’est une chose qui, hélas, peut frapper n’importe quelle femme.

 

Downton Abbey continue à faire son bonhomme de chemin dans l’univers des séries, en dressant le déclin de l’aristocratie britannique face aux nouvelles modes, mœurs et tragédies humaines.

 

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Sériecalement vôtre,

VK